Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

VERDACHES

 

Verdaches fait partie du canton de Seyne. Sous l’ancien Régime, elle était dans la viguerie de Seyne et dans le diocèse de Digne. D’une superficie de 2274 hectares, son territoire dépasse les 1 100 mètres d’altitude. Les descriptions font état d’un hiver très long, la neige séjournant près de 9 mois de l’année. Aussi, les productions agricoles ne suffisent pas à nourrir les habitants qui vont, comme à Tanaron, mandier leur pain ailheurs. Le terroir nourrit cependant en été de grands troupeaux de moutons et de bœufs, mais qui doivent hiverner en Basse Provence en hiver à cause du froid et de la neige. La forêt couvre 1435 hectares en 1825, soit 63% de la commune et caractérise son terroir [1]. les têtes de bétail qui s’élevaient à 1900 en 1770 ne sont plus que 1300 en 1837. La commune est traversée par le Bès dans lequel se jettent le Mardaric et La Jaunée. Le village, au confluent des deux premiers, est sis à 1 120 mètres d’altitude. Le hameau de La Route est à 1 160 mètres. La communauté gère le moulin à farine et les fours à pain sont libres.

 

Le maximum de population jamais atteint depuis fut de 350 habitants en 1315. Après la peste, elle en perd 78 % et il n’en subsiste que 75 en 1741. Le redressement sera lent, avec 263 habitants en 1765 et 270 en 1851. Ensuite, ce sera une chute progressive : 90 habitants en 1962, puis 61 en 1990 et 48 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le lieu de Verdaches est sur les mauvaises situations du lieu de la montagne dans une situation froide à la nege séjourne pour le moins neuf mois de l’année et en cy grande quantité que les jeans et bestail ont payne de sourtir de leurs maisons, cella fait qu’ils ne peuvent sepmer ny recueillir au terroir dudit lieu que de bled mitadié et quelques grossans [2] et encore ils n’en peuvent pas recueillir pour ce nourrir la moitié de l’année à cause de la petitesse du terroir qui est d’une très petite étendue et d’ailleurs très mauvais la plus part en lieu panchant tout ramplis de vallons et ravins que les eaux pluvialles qui ont emporté la fleur et la meilleure de la terre. Les habitans y sont tous misérables et sont obligés la plus part d’aller mandier leur pain alheurs pendant plus de six mois de l’année pour s’empecher de mourir de faim [3]. 56 maisons habitées.

Procès verbal 

78 chefs de famille et 63 maisons. La communauté possède 1 moulin à bled banal dont elle retire annuellement la rante de 15 livres 8 sols. Le dit lieu est divisé en 4 hameaux scitués le long d’un torrent. Les habitants ont la liberté d’avoir des fours sans payer aucun droit.

 

Affouagement de 1728

La dîme revient à l’évêque.

Que le terroir est fort petit, le meilheur et le plus précieux est possédé comme noble et en franchise de taille par les seigneurs du lieu. D’ailheurs le terroir est fondé sur le rocher, le terrain est sableux et craint tellement la sécheresse que dès que le printemps et même l’esté ne sont pas pluvieux, les plantes y sèchent ou du moins les bleds ont peine de faire l’epie. Il est scittué dans deux vallons au pied de grosses montagnes et le long des vallons où les gellées sont très abondantes, font bien souvent mourir les plantes, ou du moins le soleil n’apparaissant que fort tard, avec sa chaleur, brûle d’abord les bleds, précipitte leur maturité et le grain reste si maigre et petit que bien souvent le panal ne pèze pas plus de 22 à 23 livres.

 

Affouagement de 1774

Le village de Verdaches est bâti partie au pied et partie sur le penchant d’une colline, divisé par un torrent. Les habitants se servent de l’eau de puits et de celle des torrents pour leur usage. Les maisons sont en mauvais état et toutes couvertes de chaumes. Il y en a 7 d’abandonnées, et les rues ne sont point pavées. La situation du lieu, la quantité de neige qui tombe en hyver, l’éloignement de l’église paroissiale, le deffaut de boucherie et autres choses nécessaires à la vie rendent l’habitation incommode.

Il y a 45 maisons habitées, 33 au chef lieu, 10 au hameau la Routte et 2 bastides. Les chefs de famille sont au nombre de 45.

La principale industrie est le pâturage des bestiaux. Les montagnes sont agrégées de bois de pins, chaines et hetres, elles sont assez bonnes pour le pâturage.

On cultive du méteil, du seigle, de l’avoine, des légumes, du foin, beaucoup de chanvre et peu de fruits. On nourrit 1750 brebis ou chèvres et 700 pendant l’hyver. 100 boeufs en été et 50 en hyver, 40 bouriques et 8 juments.

La dixme appartient à l’évêque de Digne. La communauté possède une maison de ville en mauvais état et le moulin banal à farine.

 

Garcin 1835

Village à 15 lieues de Digne dans un pays de montagnes d’autant plus tristes qu’elles sont 9 mois de l’an couvertes de neige. Aussi pendant l’hiver, il n’y reste presque que les vieillards qui s’occupent à carder et à filer la laine. 270 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de Verdaches est placée sur la petite rivière de Besse, à 20 kil. S. de Seyne, et 32 N.E de Digne. Elle est composée de six hameaux : le Villard, le Bourget, la Serre, les Jaubert, les Routis et Sambuech. Le village n’a que douze habitants. La population totale est de 281 âmes. Le sol de Verdaches produit du blé, des fruits et du bois de chauffage. Le climat en est tempéré. On assure qu’il y a une mine de cuivre.

Il y a une école primaire qui n’est fréquentée qu’en hiver. L’église paroissiale, dédiée à saint Jean-Baptiste, n’existe que depuis soixante ans. Elle est desservie par un curé.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 629.

[2] Grossans : groussagno : blé gros, froment d’hiver (seisseto)

[3] L’expression mandier son pain ailheurs signifie que certains habitants vont gagner leur pain en louant leurs bras dans les fermes de Basse Provence.