Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

TANARON

 

Depuis son rattachement en 1974 à la commune de La Robine, Tanaron fait maintenant partie du canton de Digne alors qu’auparavant elle faisait partie de celui de La Javie. Le village fait face à Esclangon, dominant la rive droite du Bès. Perchées à 1 000 mètres d’altitude, les maisons étaient dans un état misérable, chaumières ou en ruine. Le terroir, d’une superficie de 2012 hectares, ressemble à ceux de La Robine, Ainac, Lambert et Esclangon, c’est-à-dire ravagé par les vallons et ravins qui recouvrent de gravier le peu de terres arables. Les pâtures sont restreintes, 3 % du territoire en 1830 [1] Aussi l’élevage est peu développé, 648 têtes en 1770, 939 en 1837, dont la moitié de chèvres. Les communications avec l’extérieur sont souvent difficiles. Le moulin à blé, sur le Bès, est soumis à une banalité seigneuriale, le four est arrenté par la communauté. Après la Révolution, en 1830, il y aura jusqu’à 12 fours à pain et 3 moulins.

 

La population comprenait 200 habitants en 1315. Après la peste, en 1471, il n’en subsiste que 70, soit une perte de 65 %. Elle retrouve son niveau de 1315 en 1765 avec 230 habitants. Puis, ce sera la décrue, avec 219 personnes en 1851 et la chute brutale jusqu’en 1962 avec seulement 7 habitants, ce qui provoquera son rattachement à La Robine.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Il y a 66 maisons habitées qui viennent presque toutes en ruynes. L’évêque est seigneur du lieu. La situation du terroir sur des rochers en lieu panchant et ardu qui a esté tout emporté par les vallons qui descendent des montagnes et qui traversent de tous costés ledit terroir lors des neges et pluyes rapides qui sont assez fréquentes audit lieu que leurs biens ont diminué de plus de la moitié de leur valleur, lesquels vallons par leur rapidité au temps des pluyes entrainent de gros rochers (…..) Ils ont causé et causent actuellement de très grands dommages et le terroir est tellement rampli de vallons et ravines qu’il n’y paroit autre chose ayant tout le meilheur et la fleur de la terre esté emportée. Et leurs biens sont tellement ingrats et esterilles et légers ny ayant presque point de fonds que sans le grand soin de culture et engraissement que les habitans se forcent de faire il ne produiroient presque point de fruit et dailheurs le terroir est pour son malheur à cause de sa situation dans les montagnes tellement subjet aux gelées que lors des trempestes il emporte tout.

Procès verbal 

80 chefs de famille et 70 maisons. La communauté possède le four pour une rente annuelle de 18 livres. Le seigneur possède le moulin à bled banal.

 

Affouagement de 1728

Les maisons ne sont que des chaumières basties sur le sommet d’une montagne et par conséquent dans un terrain infructueux. Il y a 66 maisons habitées.

 

Affouagement de 1774

Le village de Taneron est situé au midy, bâti sur une montagne, dans un local ardu et panchant. Il y a une fontaine publique distante du village d’environ 300 pas, peu abondante. Les maisons sont en mauvais état. Il y a 36 cazeaux ou maisons abandonnées. Les rues sont dépavées en grande partie. La situation est incommode à cause de la situation du lieu, du mauvais état des chemins, des torrents et rivières qui empêchent la communication de la ville de Digne dans certain tems de l’année, de la misère des habitants, du climat rude, froid et de la quantité des neiges qui tombent pendant l’hyver.

Le nombre des maisons habitées est de 31 et celuy des bastides ou maisons à la campagne est de 17, dont 15 forment 3 hameaux. Les chefs de famille sont au nombre de 48. La seule industrie des habitants est l’agriculture.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, d’avoine, d’espeautre, d’orge, des légumes, du vin, peu de chanvre et peu de fruits. La rivière appelée Bès fait tourner un moulin à farine.

On nourrit dans le lieu 600 chèvres ou brebis, 24 boeufs, 4 juments, 12 bourriques, 8 cochons.

La dixme appartient à l’évêque de Digne. La communauté possède un hôtel de ville et un four. Le seigneur possède un moulin avec sa banalité.

 

Achard 1787

Thaneron. Village du Diocèse et de la Viguerie de Digne, en Provençal, Tanaroun, en latin Tanero.

L’église paroissiale est sous le titre de S. Laurent ; elle a une annexe ou Succursale sous le titre de S. André. L’évêque de Digne est collateur de la Cure, et Seigneur spirituel et temporel de Thaneron.

Le climat de ce lieu est sain ; les habitans sont aussi honnêtes que pauvres. Le sol seroit assez bon, mais il ne nourrit que douze habitans, tandis qu’il y en a 45. On y recueille du blé et des fèves. On y fait du charbon que l’on vend à Digne, qui n’en est éloigné que de deux lieux. Il n’y a dans le territoire qu’un seul ruisseau qui ne peut arroser que le sol d’une campagne. On compte à Thaneron 1 feu et 4 quints de feu au cadastre.

 

Garcin 1835

Thaneron est un village à 5 lieues de Digne. Climat sain. Le sol serait bon mais il ne peut suffire aux besoins des habitants ; il produit du blé et des fèves. 218 habitants.

 

Féraud 1844

Ce village est placé au Midi d’une montagne, sur la rive droite de la Besse, à 16 kil. O. de la Javie, et à 19 N. de Digne. L’étymologie de son nom, en latin Tanero, vient de petite tanière. Un énorme rocher l’abrite contre le vent du Nord ; de hautes montagnes l’entourent et forment une petite vallée assez agréable. Le climat de ce lieu est sain et tempéré. Les habitants y sont très-polis, mais pauvres. On y recueille du blé et des fèves. On y fait du charbon que l’on exporte à Digne [2]. L’église paroissiale, sous le titre de saint Laurent, patron du pays, est desservie par un curé. Il y a une école primaire. Le seul hameau de cette commune s’appelle Pudayen. La population totale est de 245 âmes, dont la moitié agglomérée.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830. 3 P 575.

[2] Il s’agit du charbon de bois.