Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

LA ROBINE

 

La situation de la Roubine est semblable à celles d’Ainac et de Lambert, qui depuis 1973 ne font plus qu’une seule et même commune avec Tanaron. Aux abords du Galabre, le terroir de 1195 hectares n’offre qu’une terre stérile, d’où la commune tire son nom. Le défaut de chemins praticables l’isole de tout commerce, les maisons ne sont que des chaumières et les habitants ont du mal à subsister. Le cadastre de 1823 fait état de 100 hectares de terres agricoles et de seulement 3 hectares de pâtures [1], ce qui explique le nombre peu élevé de têtes de bétail, un peu plus de 600 en 1770. Il n’y a qu’un seul moulin qui est seigneurial.

 

La population est concentrée dans deux hameaux distants l’un de l’autre de 500 pas, le Clouet et le Fourest. Le moulin à farine, auprès du Galabre, fonctionne à l’éclusée et appartient au seigneur. Il y avait 95 habitants en 1315. On ne connaît pas le nombre en 1471, sans doute inhabité comme Ainac et Lambert. En 1765, la population atteint 168 habitants, puis 189 en 1851. La chute est ensuite très sensible avec 48 personnes en 1962. La réunion avec Ainac et Lambert va provoquer un redressement appréciable avec 228 habitants en 1990, puis 259 en 1999 et 300 en 2005.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le lieu et terroir de la Robine est très petit et des plus pauvres et misérables de la province, scitué entre deux meschantes montagnes pelées, panchant et ardu, tout entouré, croisé et traversé par des torrents et vallons rapides qui emportent tout le terrain en temps de pluye, en sorte qu’il ne reste que la robinaire et rochers nus. Il y a si peu de terres labourables et sy mauvaises et stérilles qu’il ne se cultive que du bled pour les habitans pour quatre mois de l’année. 44 maisons habitées.

Procès verbal 

50 chefs de famille et 50 maisons. Le seigneur possède le moulin.

 

Affouagement de 1728

Les maisons ne sont que des chaumières bâties sur un terrain infructueux. Il y a deux hameaux de 30 maisons.

 

Affouagement de 1774

Le village de la Robine est situé au levant, dans une vallée, entre des montagnes qui bornent la vue de tous côtés, à peu de distance de deux torrents et est bâti sur une petite éminence formant un dos d’asne. Il est divisé en deux parties à 500 pas d’éloignement l’une de l’autre et sur la même ligne. Il n’y a qu’une fontaine à la partie inférieure, les habitants de l’autre partie se servent de l’eau des torrents. Les maisons sont mal bâties. Il y a 2 cazeaux et 11 maisons abandonnées, ces maisons sont cependant possédées par d’autres particuliers et réunies aux leurs. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, de l’éloignement de l’église, des torrents et rivières qui empêchent la communication avec la ville de Digne lors de la crue des eaux et du deffaut des chemins. Le nombre des maisons habitées est de 27, scavoir 14 au hameau supérieur, 12 à l’autre hameau et 1 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 27.

La seule industrie des habitants est quelque menu bestail qu’ils tiennent à la faveur du pâturage qu’ils achètent des lieux voisins et le transport du bois à Digne à quoy ils s’occupent partie de l’année, ce transport peut être plutôt regardé comme un doux appauvrissement et non comme une industrie, le besoin et l’indigence en ont fait une loy.

Le terroir est tout en cotteau, vallons ou montagnes, tout le bien fonds est en général d’une mauvaise qualité, il est formé ainsi que les montagnes de cette pierre dont le village tire le nom. Les deux torrents qui passent à peu de distance du village, fournis par une grande quantité de ravins, inondent parfois les champs qui en sont riverains. L’un des deux appelé Galabre fait beaucoup plus de ravage, le gravier qu’il dépose est d’une mauvaise qualité. Les montagnes sont assez couvertes jusques à présent, elles sont en partie agrégées de chaine et de hetre.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, des légumes, du foin, peu de vin, du chanvre et des fruits. Deux sources servent à l’arrosage des biens situés autour du village ; ces sources sont néanmoins peu abondantes, surtout celle du hameau supérieur. L’eau dudit torrent de Galabre fait tourner un moulin à farine par écluse et arrose une petite contenance de terrain.

On nourrit dans le terroir 10 bœufs, 8 juments, 12 bourriques, 600 brebis ou chèvres qui vont despaitre la plus grande partie de l’année dans les terroirs voisins.

La dixme appartient au curé du lieu.

 

Achard 1787

Diocèse et Viguerie de Digne, à une lieue et demie de cette Ville au N. On n’y compte que deux tiers de feu et tout au plus deux cent personnes.

Le territoire de la Robine confine à ceux de Brusquet, Thaneron, Auribeau, Castelar, Thoard, Marcoux et Mousteiret. La petite rivière de Galabre traverse le territoire et va se jetter dans celle de Besse près de son embouchure dans la Bléoune.

On trouve deux bois dans cette Paroisse, celui de Clarette et celui de la Chaux ; ils sont de peu d’étendue.

Les collines sont du genre calcaire, l’argile domine dans la plaine ; le blé forme la principale récolte du lieu. Les habitants sont tous appliqués à la culture des champs.

Un seul Prêtre dessert l’Eglise paroissiale. Il a le titre de Curé.

 

Garcin 1835

Village à 4 lieues de Digne. Le blé forme la principale récolte du pays. 113 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de la Robine est placée dans une étroite vallée que le Galabre arrose, et qu’entourent des montagnes ornées de quelques chênes clair-semés. Par sa position, ce pays est exposé aux froids rigoureux de l’hiver, et brûlé par les ardeurs du soleil en été. La population totale est de 159 âmes, dont 36 seulement agglomérées. Il y a deux hameaux , le Fourest et le Clouat, qui sont séparés par le Galabre. Le village est à 15 kil. N. de Digne : le chemin qui y conduit semble n’avoir été frayé que pour des chèvres, et de plus, il est suspendu sur un précipice continuel. Les habitants sont tous agriculteurs et généralement pauvres ; les produits d’un sol peu fertile les dédommagent à peine de leurs labeurs.

Une tradition glorieuse pour la Robine porte que cette vallée a été évangélisée et desservie, pendant plusieurs années, par saint Vincent, apôtre et second évêque de Digne.

L’église paroissiale, qui est desservie par un curé, est dédiée à cet illustre apôtre des Alpes [2]. Elle est éloignée du village et des hameaux. Elle n’a de remarquable que son antiquité. La fête patronale se célèbre le dimanche après le 22 janvier. Il y a une école primaire.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P 269.

[2] Cité en 374,premier évêque de Digne. Les évêques de Digne sont seigneurs et barons de Lausières (Atlas).