Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

PRADS

 

Encore une commune d’altitude comme celle de Mariaud dont elle est limitrophe. Son vaste terroir de 6824 hectares est composé essentiellement de montagnes favorables au pastoralisme. La culture des céréales est rendue difficile par le nombre de rivières et de ravins qui dévastent leurs abords qui peuvent être mis en culture. Les descriptions sont éloquentes à ce sujet. Leur seule richesse consiste en l’élevage des moutons, brebis et chèvres, 6 000 en 1775, dont 2 000 appartenant à des étrangers venant d’Arles. Les pâtures, en 1830, couvrent 1470 hectares, soit 25% de la totalité du terroir de Haute Bléone [1]. Elles nourrissent, en 1837, plus de 7000 têtes de bétail, dont 100 bœufs et 6600 moutons, brebis et agneaux. La communauté possède un moulin à farine banal et plusieurs fours. En 1830, sont recensés 3 fours, 3 moulins à farine, 1 scie à eau et 1 moulin à huile, celui-ci broyant certainement les noix, l’olivier ne pouvant s’élever à cette altitude.

 

Le village de Prads est situé sur la rive droite de la Bléone à 1050 mètres d’altitude. Il y a également 3 hameaux relativement importants, La Favière, Tercier et Eaux Chaudes. Les deux premiers abritaient chacun une chapelle et un moulin à farine. La population a été la plus importante de toutes les communes de Haute Bléone au 18e siècle avec 783 habitants. En 1315, il y a déjà 425 habitants. 83 % vont disparaître à la suite de la peste, si bien qu’il n’en subsiste que 70 en 1471. Elle va reprendre vie pour culminer en 1765, puis décliner au XIXe et XXe siècles avec 538 habitants en 1851, puis seulement 105 en 1962. Ayant récupéré les communes de Blégiers et de Mariaud en 1977 et 1987, elle remonte à 180 habitants en 1990, mais n’arrive pas à se stabiliser puisqu’on ne dénombre plus que 147 habitants en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le sieur archidiacre du chapitre de Digne est prébandé audit lieu. 90 maisons habitées. Il y a la rivière appelée Bleoune qui prend sa naissance au plus haut des montagnes laquelle rivière jusques et adroit et a goche d’icelle il desgorge de grands valons et torrens lhors des ravages des pluyes jusques à l’ameau d’Aigues Chaudes, que a l’adroit il desgorge un gran torran appelé Bussin quy prand sa naissance sur le plus haut d’une montagne du terroir de Mariaud descendant en bas et desgorge un autre grand torrant appelé le Riou qui prend sa naissance au plus haut des montagnes dudit Pras du levant et pendant leurs cours il n’y a que vallons et ravins attandu la situation du terroir dudit Pras qui n’est composé que montagnes et collines, le tout extremement panchant et à la (…) du village dudit Pras se joint à ladite rivière de Bléoune un autre torran nommé laune quy prend sa naissance aux montagnes du prioré et seignorie de Failhe feu laquelle libre et seignorie appartient au recteur du collège St Martial d’Avignon.

Procès verbal 

100 chefs de famille. La communauté possède le moulin qu’elle arrente à 27 charges de bled, auquel les habitants payent la mouture au 24 et les fours desquels les habitants en jouissent en liberté. Le lieu est très mal scitué, hors de toute sorte de commerce, que le chemin pour y aller est impraticable en tout temps, que la rivière de Bléone qui passe dans le terroir joint aux plusieurs vallons et torrens l’endomage considérablement.

 

Affouagement de 1728

Il n’y a présentement que cent maisons habitées au lieu de Prads ou à ses hameaux, celles qui y sont de plus ont été entièrement désertées et abandonnées aussy bien que les fonds que les propriétaires y possédaient pour ne pouvoir subvenir au paiement de la taille. La rivière de Bléonne qui prend sa source dans ledit terroir découle et passe au milieu d’iceluy durant toute sa longueur. Il y a encore deux torrens, l’un appelé le Riou et l’autre la Laune qui traversent aussy ledit terroir et qui se jettent dans ladite rivière de Bléonne, lequel terroir qui est enfoncé dans les montagnes scitué en lieu panchant et ardeux et d’ailleurs coupé de quantité de valons et ravins de sorte que les neiges lorsque l’eau fond et les eaux pluvialles et les débordements de ladite rivière, torrens et ravins, emportent toute la bonne terre, ravagent, inondent en graviers et emportent la plus grande partie du terroir. Toutes les réparations que les propriétaires voisins de ladite rivière et torrans font pour tacher de se garantir et dont la dépence excède le plus souvent la valeur des fonds, en sorte que ledit terroir par sa scituation diminue chaque année considérablement et dans peu de temps les habitans seront obligés de déguerpir et l’abandonner.

 

Affouagement de 1775

Le village de Prads est situé au midy, bâti auprès de la rivière de Bléone dans une vallée, au pied de montagnes fort élevées. Il y a une fontaine peu abondante dont l’eau est d’une mauvaise qualité. Les eaux de la montagne ont formé un torrent dans cette partie qui traverse le village. Les maisons sont en très mauvais état, la plus part couvertes de bois. Il y en a 15 d’abandonnées y compris 2 qui ont été basties depuis peu. La situation du lieu, la quantité de neige qui tombe en hyver, les pierres qui se détachent de la montagne et qui tombent dans les rues, l’éloignement des villes principales, la communication interrompue avec les lieux voisins par la crue de la rivière de Bléone ou des torrents lors de la fonte des neiges ou des pluyes et les chemins impraticables établis dans le gravier ou dans les montagnes, rendent l’habitation fort incommode.

Les maisons habitées sont au nombre de 90, dont 32 au chef lieu, 36 au hameau de la Favière, 17 à Tercier et 5 à Eaux Chaudes. Le nombre des chefs de famille est de 93.

Il y a quelques facturiers de toile et draps grossiers. Les habitants sont fort laborieux et paisibles, s’attachant beaucoup à la culture des terres et au pâturage des bestiaux.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du segle, de l’avoine,de l’orge, des légumes, du chanvre, du foin et quelques noix.

L’eau de trois torrents font tourner 3 moulins à farine.

On nourrit dans le terroir 6000 brebis ou chèvres, dont 2000 appartenant à des étrangers, 48 bœufs, 7 mulets, 2 chevaux et 40 bourriques.

La dixme appartient au chapitre de Digne. La communauté possède des montagnes où les bergers d’Arles viennent faire dépaitre leurs troupeaux en été et donnent 1525 livres. Le seigneur possède noblement un château dans l’enceinte du village.

 

Achard 1787

Prats, Diocèse et Viguerie de Digne. On y compte un feu et trois quarts de feu. Cette Paroisse est sur la rive droite de la Bleoune, à 3 lieus O.S.O. de Colmars, et 4 et demis N.E. de Digne. L’église paroissiale desservie par un Curé a pour succursale l’Eglise de Mariaud dont nous avons parlé en son lieu.

Prats est en pays de montagnes. Le terroir produit peu de blé. La rivière de Bleoune vient des montagnes qui confinent à ses limites. Il y a des moulins à blé sur cette rivière pour l’usage des habitans du lieu.

 

Garcin 1835

Village à 5 lieues de Digne sur le rive gauche de la Bléoune dans un pays montagneux. Le sol ne produit que du blé. 522 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Prads est placé sur la rivière droite de la Bléone, à 16 N.E de la Javie, et à 35 N.E. de Digne. Prads est en pays de montagnes : le terroir produit peu de blé. La moisson se fait quinze jours plus tard et même un mois plus tard dans les hameaux, qu’à Digne. Les habitants sont pauvres et sont tous agriculteurs ou bergers. Cette commune se compose du village, des hameaux de la Favière, de Tercier et des Eaux-Chaudes. L’étymologie de Prads vient du provençal pras, pré. Indépendamment des montagnes pastorales, on y trouvait autrefois beaucoup de prairies que la Bléone a ravagées et détruites. Le hameau des Eaux-Chaudes tire son nom d’un petit lac de 200 mètres de circonférence, où tous les habitants font rouir leur chanvre.

Avant la réunion de la vallée de Barcelonnette à la France, Prads était frontière. On voit, dans les précipices affreux, des restes de chemin qui communiquaient aux forteresses de Saint-Vincent et de Colmars, et qui aujourd’hui ne sont plus fréquentés que par les chamois. Sur les confins de Prads, de La Fous et des Agneliers, on trouve trois rochers appelés les Trois Evêchés, parce que c’était là que finissait la juridiction des trois évêques de Senez, de Digne et d’Embrun. Le village portait jadis le nom de ville : il y avait un juge, un notaire, un curé et un vicaire. Son église paroissiale était bâtie sur un rocher escarpé de 200 mètres d’élévation. L’église actuelle est bâtie dans le village et date du quatorzième siècle. Elle est desservie par un curé et dédiée à sainte Anne.

Il y a une école primaire. Chaque hameau a de plus un instituteur dans la saison d’hiver. Population totale : 560 âmes.

On trouve, dans le territoire de Prads, les restes d’un couvent des Templiers, au pied de la belle forêt de Faille-Feu. Ces religieux possédaient les montagnes pastorales de Prads et de Blégiers. Leur église était construite en entier en pierres de taille symétriquement taillées et placées. On a découvert, il y a peu d’années, à la porte de la sacristie, un superbe tombeau en pierre, portant le millésime du douzième siècle, et contenant un cadavre. Ces religieux avaient des succursales dans la commune de Mariaud, ce qui confirme ce que nous avons dit ci-dessus en parlant de l’église de ce lieu.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 431.