Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

MARIAUD

 

L’ancienne commune de Mariaud, réunie à celle de Prads en 1987, est située au NNE de Beaujeu sur les rives de l’Arigeol. D’une superficie de 2923 hectares, son implantation entre 1 200 et 1 500 mètres d’altitude rend la vie difficile, surtout en hiver. Les habitants sont malgré tout industrieux et attachés à leur terroir. Outre les céréales, ils pratiquent l’élevage des moutons et la fabrication de draps avec la laine et le chanvre. Ils vivent isolés, loin des autres villages. Le cadastre de 1830 recense 480 hectares de terres pastorales contre 125 de terres agricoles[1].

 

Les 2000 têtes de bétail, moutons et chèvres, recensés en 1770, indiquent bien cette activité pastorale. Celle-ci semble avoir été délaissée par la suite, puisqu’en 1837, il n’en subsiste plus que 700, fait dû sans doute au dépeuplement déjà amorcé à la fin du XVIIIe siècle.

 

Il n’y pas de village à proprement dit, mais quelques groupements de fermes comme celles de Saume Longe, Pré Fourcha et l’Adrech. L’église au lieu-dit Vière représente le lieu de rassemblement de la communauté. C’est là également qu’a été installé le moulin communal au confluent du ravin de Raybaud et de l’Arigeol (indiqué par la carte de Cassini). La population s’élevait à 250 habitants en 1315. La peste en décime 80 %, il n’en reste que 50 en 1471. Elle ne retrouvera jamais plus le taux de 1315. 1795 sera le maximum de reprise avec 195 habitants. Puis ce sera le déclin avec 151 personnes en 1851, puis 18 en 1962.

 

Affouagement de 1698

La dîme revient au prieur de Beaujeu. 25 maisons habitées y compris celle du curé.

 

Affouagement de 1728

34 maisons habitées. Ledit lieu est dispersé en cinq hameaux fort écartés l’un de l’autre.

 

Affouagement de 1775

Le village de Mariaud est situé au midy, bâti dans une gorge, entre des montagnes fort élevées. Il est composé de 4 hameaux, deux desquels sont bâtis auprès d’un torrent qui a emporté ou couvert de gravier la plus grande partie des terres et se répand souvent presque dans les rues. Les habitants se servent de l’eau d’une source qui jaillit auprès d’un rocher à 200 pas du village. Les hameaux se servent également des eaux des sources qui leur sont le plus à portée. Les maisons sont en très mauvais état, toutes couvertes de chaume. Il y en a 4 d’abandonnées et 5 cazeaux. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est fort incommode à cause de la situation du lieu, de la quantité de neige qui tombe en hyver, de l’éloignement des villes principales, des torrents et rivières qui empêchent la communication avec les lieux voisins lors de la fonte des neiges ou des pluyes, du deffaut du bois, et de la difficulté de se procurer les besoins de la vie.

Le nombre des maisons habitées est de 26, scavoir 4 au chef lieu, 9 à l’hameau de Saume longe, 2 à celui de Laÿmerée, 3 à celuy de Préfourcha et 8 à celuy des Adrechs. Les chefs de famille sont au nombre de 26. Les habitants sont assez industrieux, les uns fabriquent des draps grossiers pendant l’hyver, les autres amènent des brebis et des chèvres à Marseille, tous s’attachent au pâturage des bestiaux. Le terroir est tout en vallons ou montagnes fort élevées, dégarnies des bois, mais propres au pâturage. Les eaux qui tombent de ces montagnes forment des torrents qui emportent et détruisent tous les biens qui sont à portée, leur rapidité et les pierres qu’ils entraînent ne permettent pas de les contenir par aucune sorte de fortification.

La plus grande partie des terres situées dans les montagnes sont si ardues qu’elles ne peuvent être cultivées qu’à bras d’homme et dépérissent journellement. Le village et les hameaux de Laÿmerée et de Pifourcha ont beaucoup souffert par un torrent qui passe tout auprès ; le progrès qu’il fait journellement et les terres qui ont été emportées annoncent l’entière destruction de ces deux hameaux.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du seigle, des légumes, d’avoine, d’orge, peu de foin et du chanvre. Le terrain arrosé par l’eau des torrents ou par les petites sources qui jaillissent dans l’étandue du terroir est actuellement de peu de considération, toutes les eaux réunies font tourner un moulin à farine pendant l’hyver seulement.

On nourrit 1870 brebis ou chèvres en été seulement, 26 boeufs, 22 bourriques.

La dixme appartient au sieur prieur de Beaujeu.

 

Achard 1787

Petit village du Diocèse et de la Viguerie de Digne, à deux lieues de Seyne, et à cinq de Digne, en latin Mariaudus, en Provençal Mariaut. Dans le dernier dénombrement, il ne s’y trouva que 195 personnes, tous compris. Dans l’affouagement de la Viguerie de Digne, ce lieu est compris pour un tiers de feu, il a été réduit à un quart de feu.

L’église paroissiale, desservie par un Curé, sous le titre de N.D., est à Prats, Mariaud n’en est que la Succursale.

Cependant ces deux villages forment deux Communautés distinctes dans l’affouagement de la Province.

Le climat de Mariaud est excessivement froid en hiver. On recueille dans le terroir de ce lieu du blé, des légumes et des fruits. Le sol en général assez fertile ; les pâturages y sont excellents.

 

Féraud 1844

Le village de Mariaud, situé dans une petite vallée, au pied d’un roc, est à 15 kil. N.N-E. de la Javie, et à 36 N.E. de Digne. Ce pays est excessivement froid en hiver ; la neige y séjourne trois mois de l’année, et l’on n’y moissonne qu’un mois plus tard qu’à Digne. Le sol est en général fertile, on y récolte du blé, des légumes et des fruits. Les pâtures y sont excellentes. On trouve dans ce territoire une mine d’argent qui n’est pas exploitée, à cause de son faible produit.

Outre le village qui est central, la commune de Mariaud comprend cinq hameaux : Saumalonge, Senmerrée, Piéfourcha, Ladrech et Champclinchin. Population totale : 162 âmes. Les mœurs des habitants rappellent celles des patriarches de l’ancienne loi. Leur isolement les a entretenus dans des habitudes simples et agrestes.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P 344.