Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

MARCOUX

 

La commune de Marcoux est la troisième et dernière commune, avec Le Brusquet et La Javie, à être située au pied des montagnes, dans la plaine, au bord de la Bléone. D’une superficie de 3217 hectares, à une altitude moyenne de 600-700 mètres, cette position favorable permet la culture fruitière et semble-t-il également de l’olivier puisqu’un moulin à farine et à huile est signalé en 1698. En 1811, le cadastre recense 13 hectares de vignes et d’olivier. La rivière et ses berges remplies de graviers envahissent 330 hectares [1] Limitrophe avec la commune de Digne, cette proximité facilite les besoins de la vie. Les débordements des rivières (Bléone, Bouinenc et Mardaric), sont toujours le plus grand inconvénient. La communauté possède un four communal où les habitants viennent cuire leur pain à discrétion. Elle a dû vendre son moulin à farine et à huile en 1640 pour rembourser ses créanciers.

 

La population est regroupée essentiellement dans le village. Elle comprenait 390 habitants en 1315, puis après la peste, 140 en 1471, soit une perte de 64 %. Elle se redressera lentement, passant par 359 habitants en 1765, puis 375 en 1851. Comme les autres communes, elle va rechuter jusqu’en 1962 avec 180 personnes, puis se stabiliser autour de 414 et 408 en 1990 et 1999. Il aura fallu attendre 700 ans pour retrouver une population égale à celle de 1315.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le Seigneur est l’évêque de Digne. Le seigneur temporel et spirituel possède une maison et un pred de 1200 cannes et un pigeonnier. Le chapitre possède une bastide appelée Saint Martin. Il y a 70 maisons ou bastides habitées.

Procès verbal 

100 chefs de famille et 80 maisons. La communauté possède un four qu’elle arrente 15 livres 8 sols, les habitants payant le fournage à discrétion. Le moulin à bled et à huile a été aliéné en 1640 en faveur de ses créanciers. Le seigneur possède une maison, un pigeonnier et un pred de 12 000 cannes [2].

 

Affouagement de 1728

Le seigneur est l’évêque de Digne. Il a un château ou maison seignoriale avec un pigeonnier qui en est éloigné d’environ deux cent pas. Les chanoines du chapitre de Digne possèdent le fief de saint Martin de 50 000 cannes.

Il y a 65 maisons habitées y comprenant les bastides répandues aux différents cartiers du terroir. Le terroir est coupé du septentrion au midy par la rivière de Bléone, du levant au couchant par celle du Bouinenc et par quantité d’autres gros torrens qui descendent des montagnes, quy inondent et emportent le terrain dans le temps des pluyes rapides et de la fonte des neiges. Il n’y a aucun passage au lieu de Marcoux qui est entièrement séparé du grand chemin sur lequel un particulier a fait nouvellement bâtir un cabaret qui est peu fréquenté, soit parce que c’est une maison seule à la campagne, soit par ce que ce chemin qui n’est que celui de Seine et de la vallée de Barcelonnette, est peu fréquenté aussy. Enfin ce passage, bien loin d’être d’aucune utilité à Marcoux luy est au contraire extrêmement à charge par les dépenses extraordinaires qu’elle est obligée de faire toutes les années pour l’entretien des chemins, au surplus pour ce qui est du commerce, il n’y en a aucun, n’y ayant aucun des denrées dans le pays qui soient de transport.

 

Affouagement de 1775

Le village de Marcoux est situé du levant au midy, bâti au pied d’une montagne sur une petite éminence en emphitheatre. Il n’y a point de fontaine publique, mais seulement 2 puits dont l’eau est d’une mauvaise qualité, si bien que les habitants sont obligés de se servir de l’eau de la rivière de Bléone pour boire, ladite rivière distante de 500 pas du village. Les maisons sont en bien mauvais état. Il y a 12 cazeaux ou maisons abandonnées et 3 à la campagne, en tout 15. L’habitation y est supportable à cause de la proximité de la ville de Digne et de la facilité de se procurer les besoins de la vie.

Les maisons habitées sont au nombre de 64, 40 au chef lieu et 24 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 64. Il y a 3 facturiers dont 2 de toile grossière et 1 de draps grossiers qui travaillent seulement pour le compte des habitants. La seule industrie est le transport du bois à Digne pendant l’hyver, 2 des habitants font un commerce de boeufs et mulets.

Le terroir produit du bled froment, seigle, peu d’orge, d’espeautre, chanvre, foin, légumes, peu de vin, fruits et surtout des prunes qui sont d’une bonne qualité. Le Bouinenc sert à l’arrosage et à un moulin à farine.

Le terroir nourrit 24 boeufs, 12 mulets, 6 chevaux, 24 bourriques, 33 cochons, 1600 brebis.

La dixme revient à l’évêque de Digne. Le seigneur possède noblement un château en mauvais état et un pigeonnier et jardin attenant au château de 120 cannes de bonne qualité.

 

Achard 1787

En latin, Marcosium ; Paroisse du Diocèse et de la Viguerie de Digne, à demi-lieue N.E. de cette Ville, et à peu de distance de la rive gauche de la Bléoune.

Le Patron de la Paroisse, desservie par un seul Curé à la nomination de l’Evêque Diocésain, est dédiée à S. Etienne, premier Martyr. On en fait la fête le 3 Août, avec quelque éclat. Il y a dans cette Paroisse un Prieuré sous le titre de S. Raphael, de nomination laïque.

Le climat est sain est tempéré. Les habitans, au nombre d’environ 300, sont bons et laborieux. Le sol ne produit pas beaucoup de blé ; la principale récolte est celle des prunes. Le commerce consiste dans la vente des chevaux, des mulets et des bêtes à cornes.

La rivière de Bléoune passe dans le fiel de S. Martin, et un ruisseau, qu’on nomme Bouïnenq, arrose la moitié du territoire. Ces eaux donnent la fertilité à des prés et à des jardins qu’on a pratiqués en différens endroits.

On compte à Marcoux trois feux, réduits à deux feux et quatre cinquième. Le nombre des habitans est d’environ 400.

 

Garcin 1835

Petit village à 2 lieues de Digne. Climat sain et tempéré. Le sol produit peu de blé, mais beaucoup de prunes qu’on sèche et qu’on expédie [3]. Un ruisseau arrose la moitié du territoire. Le commerce consiste dans la vente des chevaux, mulets et bêtes à cornes.

 

Féraud 1844

Ce village, distant de 7 kilom. N.E. du chef-lieu, est bâti sur une petite colline qui est adossée à une montagne qui lui masque le soleil en hiver, et rend le pays très-froid. L’étymologie de Marcoux vient du mot provençal marécageoux marécageux, par le retranchement de quatre lettres. Ce pays est en effet arrosé par la Bléone, le Bouinenc, le Mardaric et quelques sources, dont les exhalaisons ont fait donner aux habitants de Marcoux le surnom d’Estubassats, qui signifie enfumés. A part le commerce des mulets, l’agriculture est la seule occupation des Marcousins. Le terroir produit du blé, du vin, des fruits, surtout des prunes, et des plantes à fourrage. Ce pays a donné le jour à un pieux prêtre des missions étrangères, le père Chastan qui, à l’âge de 37 ans, avait déjà parcouru la Chine, la Cochinchine et la Corée, annonçant partout l’évangile, au péril de ses jours. Le père Chastan, né le 7 octobre 1803, a été décapité pour la foi, dans la Corée, dans le cours de l’année 1839.

 

Visite de 1858

La paroisse de Marcoux a un périmètre assez étendu. Le village de Marcoux, chef-lieu dans lequel se trouve l’église paroissiale, est situé au pied de la montagne St. Michel, regardant bien le levant. Il est à six kilom. de Digne, à une petite distance de la route impériale. Plusieurs habitations sont éparpillées dans la plaine à une distance plus ou moins grande et un plus grand nombre sont sur la rive droite de la Bléone, assez éloignées les unes des autres. Le passage de la rivière en rend parfois l’accès bien difficile et quelquefois impossible à cause de la grande quantité d’eau, c’est ce qui rend le plus pénible le service de cette paroisse. Les paroisses voisines sont Digne, le Brusquet, le Mousteiret, Draix et Archail, qui sont à peu près à la même distance. Les accès de Digne, du Brusquet et du Mousteiret sont les plus faciles parce qu’on suit la route impériale, qui n’offre aucun danger. L’esprit des habitants est généralement bon sans être très religieux, ils sont assez généralement dans l’aisance.

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[1] Cadastre napoléonien, 1811, 3 P 342.

[2] Il faut comprendre canne ². La canne mesurant à peu près 2 mètres, le pré offre une superficie de 2,4 hectares.

[3] Les prunes séchées sont le seul renseignement complémentaire fourni par Garcin.