Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

LAMBERT

 

La commune de Lambert est comparable à celle d’Ainac à qui elle était étroitement unie, seulement séparée d’elle par le torrent de Galabre. D’une superficie de 520 hectares, elle offre le même terroir montagneux et aride.

 

Comme Esclangon, 91 % du terrain est improductif, il ne reste que 32 hectares pour les cultures et 9 hectares de pâtures, les bois ne couvrant que 4 hectares[1]. Il y a donc très peu d’élevage. Le village est perché à 1115 mètres d’altitude. Les communications avec l’extérieur étaient impossibles en hiver ou dangereuses. Comme Ainac, la commune fut rattachée à La Robine en 1973. Aujourd’hui dans le canton de Digne, elle était, sous l’ancien Régime, dans la viguerie de Digne. Le moulin sur le Galabre et le four sont banaux appartenant au seigneur du lieu.

 

La population était de 80 habitants en 1315. Après la peste, le terroir est inhabité en 1471 comme celui d’Ainac. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle qu’il atteindra son maximun de population avec 119 habitants en 1765. L’habitat est dispersé puisqu’en 1775 il n’y a que 5 maisons dans le village mais 11 foyers répartis dans des bastides. Contrairement aux autres communes, elle ne progressera plus, mais au contraire va régresser avec 106 habitants en 1851, puis plus que 21 en 1962.

 

Affouagement de 1698

Plainte :

Le seigneur dudit lieu possède divers biens nobles consistant en un château seigneurial, un grand jas ou escurie et un grand pigeonnier. Il y a 26 maisons habitées. La dîme revient par moitié au seigneur évêque de Digne, l’autre moitié au curé. Il y a eu une transaction en avril 1495 donnant le droit aux habitants de prendre du bois pour leur usage et chauffage et de faire paître leurs bestiaux dans le bois et terre gaste.

Procès verbal :

28 chefs de famille dans 28 maisons. Le seigneur possède le four où les habitants font cuire leur pain sans rien payer, moyennant 1 panal bled pour chaque chef de famille. Il possède encore le moulin banal et 3 bastides.

 

Affouagement de 1728

23 maisons habitées.

 

Affouagement de 1775

Le village de Lambert est situé au midy et bâti sur le penchant d’une montagne en forme d’emphiteatre. Une source peu abondante sert de fontaine publique. Il est exposé à un torrent qui parfois le traverse. Les maisons sont en très mauvais état. Il y a 19 cazeaux ou maisons abandonnées, 11 dans le lieu et 8 dans la campagne. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des mauvais chemins, de la difficulté de se procurer les besoins de la vie par les torrents et rivières qui ferment la communication des lieux voisins dans un certain tems de l’année, du climat rude et froid et de la quantité de neige qui tombe en hyver.

Le nombre des maisons habitées dans le lieu est de 4 et les bastides de 11. Les chefs de famille sont au nombre de 15.

Les productions du terroir sont du bled froment, du seigle, des légumes, de l’avoine, de l’espeautre, peu de foin et peu de fruits.

Une seule source sert à l’arrosage et faire tourner un moulin à farine.

Il y a 500 brebis, 10 bœufs, 4 juments, 4 bourriques.

 

Achard 1787

Cette Paroisse située à trois lieues N.N.O. de Digne, n’est affouagée que un quart de feu. On n’y compte guère que 25 familles et environ 130 personnes. Ce lieu est situé dans les montagnes et avoisine les terres de Thaneron, Aynac, Feyssal et Barles. La rivière de Galabre naît dans son territoire. Le sol est ingrat, le climat sain et très-froid en hiver. Les habitans bons, mais grossiers. On trouve dans le territoire de Lambert du sel fossile.

 

Garcin 1835

Village à 5 lieues de Digne, situé dans les montagnes, sur la Galabre, qui naît dans son territoire. Climat sain et très froid ; sol ingrat ; on y trouve du sel fossile. 130 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de Lambert n’est séparée de la précédente (Ainac) que par le Galabre, qui prend sa source dans son territoire et se jette dans le Bès. Le village de Lambert n’est qu’à dix minutes de celui d’Ainac : aussi ces deux communes ne forment qu’une seule et même paroisse, et n’ont aussi qu’une seule école. Ce pays est situé à 20 kil. N.N.O. de Digne : la voie qui y conduit est à peine viable et toujours suspendue sur un précipice. Lambert a 115 âmes de population totale. Son terroir est peu productif, et sa température très-froide en hiver. On trouve dans cette commune une source salée, dont l’eau soumise à l’épreuve du feu, donne un sel assez bon. Cette source abondante ne tarit pas, même pendant les plus fortes chaleurs de l’été.

 

Visite de 1857 

La paroisse de Lambert formée de deux communes, Lambert et Ainac, n’a point d’agglomération, les habitants sont éparpillés sur toute l’étendue du bassin un peu étroit formé par les montagnes assez élevées et escarpées, à l’exception du couchant qui le sépare d’Auribeau. Tout le sol qui est tout en pente est déchiré par le croulement du terrain produit par le torrent de Galabre et qui se jette dans la rivière de Bès au dessous de la Robine. Les paroisses rapprochées de Lambert sont Auribeau au couchant qui en est distant de six kilomètres environ et la Robine au sud-est distant de 8 kilomètres environ. Le chemin qui conduit à la Robine parcourt un vallon très étroit et sur plusieurs points est bordé de précipices, il est viable la neige n’y séjournant pas en quantité. Un seul prêtre, s’il est jeune, peut absolument faire le service des deux paroisses, péniblement pourtant. Le chemin qui conduit de Auribeau à Lambert est beaucoup accidenté par des torrents et des ravins, il n’est bordé par aucun précipice, mais il traverse un terrain très fangeux en temps de pluie et à la fonte des neiges, surtout d’Ainac à Lambert il franchit un petit col qui n’est pas élevé et dont les abords en sont particulièrement pénibles. Un seul prêtre peut absolument desservir Lambert et Auribeau, mais péniblement.

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[1] Cadastre napoléonien, 1819, 3 P 250.