Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

LA JAVIE

 

Chef-lieu de canton, la commune de La Javie couvre 2342 hectares. Le village est implanté à quelque 800 mètres d’altitude au confluent de la Bléone et de l’Arigeol. Une large plaine s’étale sur la rive droite de la Bléone, favorable aux cultures fruitières. Mais cet avantage est contrarié par les débordements de la rivière et des ravins qui descendent de la montagne au nord. Le lit de la rivière occupe 170 hectares improductifs. Les habitants ne cessent d’élever des digues pour protéger leurs terres, travaux qu’il faut sans cesse renouveler après les crues. Ils doivent entretenir des ponts de bois sur les deux rivières à leurs frais jusqu’en 1782 où la province a financé et installé des ponts en pierre. Ils sont passés maîtres dans la conduite des bois flottés jusqu’à la Durance. La déforestation qui n’a laissé que des rochers empêche d’entretenir les troupeaux de moutons et de bœufs, ce qui en conséquence entraîne un manque d’engrais. La moitié du moulin et le four appartiennent au seigneur et sont soumis à la banalité. En 1829, il y aura 2 moulins et un foulon à draps, 9 fours et une scie à eau [1].

 

Outre le village, il existe trois hameaux : Bouse, Bouisse et Chaudol, ce dernier divisé en deux hameaux, dits aujourd’hui Grand et Petit Chaudol. La population n’était pas très importante en 1315 avec 190 habitants. Après la peste, il n’en reste que 65, soit une perte de 65 %. Le redressement sera plus accentué que pour les autres communes puisqu’en 1765 sont dénombrés 349 habitants et 479 en 1851. La décrue va reprendre jusqu’en 1962 avec 265 habitants. Depuis, la population a recommencé à progresser avec 297 habitants en 1990 et 341 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte

64 maisons habitées. Cette communauté ne possède aucun bien, elle a véritablement la terre gaste sans herbe ni arbres, n’y ayant que des rochers pelés et quelques buis, ne pouvant les habitans entretenir aucun gros bestail ny menu que de leur fourrage particulier, ce qui est cause de la misère des habitants qui n’ont pas le moyen d’engraisser leurs biens ny mesme les travailler comme ils devroient par le deffaut de gros et menu bestail, pouvant assurer que dans cette communauté il n’y a que sept peres de beufs ce qui fait voir la faiblesse et la pauvretté des habitans.

Il passe dans le terroir de cette communauté la rivière de Bleoune et le torrent de Leirijol qui descendent, scavoir celle de Bleoune des montagnes de Pras et Leirijol des montagnes du Vernet et Mariaud et Beaujeu et leurs débordemens sont si grands et si fréquents qu’il n’y a qu’à voir leur grandeur de lict qu’il se sont faites au dépans du plus précieux des biens de ce terroir et où messieurs les commissaires sont priés de faire attention en y passant. Et s’il n’estoit par un travail continuel en réparations que les habitans font annuellement à grands frais, il n’y aurait plus de bien en leur plaine ny mesme au devant des maisons du lieu, que si l’on venoit à manquer de faire des réparations, ces deux torrents emporteroient tous les biens voisins et feroient déserter le lieu. Par-dessus ces deux grands torrens il y a encore celui du Merdaric qui descend de Boulard lequel ravage de l’autre coutté cette petite plaine et demande aussi des réparations considérables et il se forme aussy tous les jours de nouveaux courants et valons qui descendent de toutes les terres gastes qui endomagent au moindre pluye et orage tous les biens voisins et qui en ont hors de culture une grande quantité et particulièrement depuis Bleoune jusqu’au terroir du Brusquet qui compose un autre grand valon qui inonde beaucoup de biens ; et au surplus tous les biens de ce terroir, soit de la plaine que des autres quartiers ne sont remplis que de fossés et razes et en teste et par les milieux pour réduire et conduire les eaux, en quoy il y a toujours à faire.

Qu’il n’y a dans ce lieu aucun commerce ny négoce pour les habitans, que véritablement le lieu est sur le passage de Digne à Seine, lequel passage est désavantageux à la communauté, soit à cause de la foule des gens de guerre qui montent et descendent que pour les ponts et planches qu’il faut tenir sur les rivières, n’estant scittué ny pour le diner ny coucher des passants qui vont de Digne à Seine ny qui descendent de Seine à Digne.

Procès verbal 

La Javie et Sainte Colombe. 80 chefs de familles, 100 maisons dont 20 en ruine. Le seigneur possède le four banal et la moitié du moulin.

 

Affouagement de 1728

50 maisons habitées, dont 15 abandonnées pour se retirer ailleurs.

La disme du hameau de Clucheret, terroir du lieu de Beaujeu, dépendant du prieuré dudit la Javie, Sainte Colombe ou Chaudol.

La rivière Bléoune coupe le terroir du levant au couchant, le torrent de l’hérigeol le coupe du septentrion au couchant, le torrent Mardaric le coupe aussi de septentrion au couchant, sans y comprendre une grande quantité de razes et vallons qui descendent des montagnes, qui désolent entièrement le terroir. La rivière de Bléoune et les deux torrents de l’herigeol et du Mardaric emportent toutes les années dudit terroir quoy que les habitants fassent tous leurs efforts pour tâcher de le conserver par les grandes fortifications qu’ils font soit en gabions, cavalets massifs à chaux et sable et les réparations sont si dispendieuses que les fonds ne produisent pas bien souvent ce que les habitants sont obligés de dépenser. La communauté est encore obligée à entretenir les ponts de bois pour les passages des gens à pied sur la rivière Bléoune et sur l’hérigeol.

 

Affouagement de 1774

Le village de la Javie est situé du midy au couchant bâti au pied d’un rocher fort élevé, partie en plaine et partie sur le roq en emphitéatre et placé entre la rivière de Bleone et le torrent de Lerigeol qui forment une isle et se répandent dans les rues lors des pluyes fréquentes.

Il y a une source fort abondante à 100 pas du village dans la plaine qui se divise en trois branches dont une passant tout auprès des maisons. Les maisons sont en fort mauvais état. Il y a actuellement 2 maisons au hameau de la Bouze qui ont été consumées par le feu, 1 cazeau au chef lieu, 1 autre au hameau de Chaudol et 12 maisons abandonnées au village. L’habitation est incommode à cause des inondations du torrent de Lerigeol et de Bleone.

Les maisons habitées sont au nombre de 56, dont 37 au chef lieu, 2 au hameau de Bouze, 7 à celuy de la Bouisse, 3 à la campagne et 7 aux hameaux de Chaudol. Il y a quelques facturiers de toile et draps grossiers. Les habitants excellent dans la conduite des bois de haute futaye à la Durence et à passer la rivière quand elle est enfle, industrie fort utile pour les voyageurs.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, d’avoine, d’orge, des légumes, foin, chanvre, noix et beaucoup des fruits d’eau. L’eau de la Bleone fait tourner un moulin. On nourrit 10 bœufs, 4 chevaux, 12 mulets, 13 bourriques, 260 brebis ou chèvres.

La dixme appartient au prieur décimateur à la nomination des messires de saint Victor.

 

Achard  1787

Ce lieu est très ancien, si l’on en juge par la manière dont le Village est bâti. On voit sur le sommet de la colline à laquelle la Village est adossé, les restes d’un Château que la tradition attribue aux Chevaliers du Temple.

Ce lieu est situé à deux lieues N.E. de Digne, à peu de distance de la rive droite de Bléoune. Le climat est tempéré, l’air pur, la population y est considérable. Il est peu de femmes qui ne fassent des jumeaux au moins une fois dans leur vie. Il en existe une, qui dans l’espace de 18 mois a fait cinq enfans. Bléoune et l’Origeol arrosent et dévastent souvent le territoire. On a pratiqué sur ces rivières des ponts de pierre aux frais de la Provence. Ils furent commencés en 1780 et finis en 1782. L’on recueille beaucoup de prunes à la Javy, des poires et des pommes. Le sol est d’ailleurs fort ingrat. Les habitans sont laborieux, bons, mais vifs. Il y a quelques Manufactures d’étoffes de laine et quelques Fabriques de toile. Le nombre des habitans est d’environ 400.

 

Garcin 1835

Petit bourg, chef-lieu de canton, à 4 lieues de Digne, entre la Bléonne et l’Origol. Ce lieu, quoique fort ancien, n’a jamais été considérable. Il est aujourd’hui divisé en plusieurs hameaux, dont le principal est sur le chemin de Barcelonnette. Les maisons, sur une seule ligne, sont toutes basses et d’un extérieur rustique. Le climat est tempéré, l’air est pur. Il y a peu femmes, dit-on, qui ne fassent des jumeaux au moins une fois dans leur vie. Le sol est fort ingrat, il produit des poires, des pommes et beaucoup de prunes qu’on livre au commerce. Le pays offre quelques tisseurs. 420 habitants.

 

Féraud 1844

La Javie, à 21 kil. N.E. de Digne, est placée dans un bassin entouré de montagnes au Levant, au Nord et au midi, et ouvert du côté du Sud-Ouest. Le climat en est tempéré et l’air pur. La Bléone et l’Arigeol arrosent et dévastent souvent son territoire. On a pratiqué, sur ces rivières, des ponts de pierre aux frais de la Province, en 1780. On recueille à La Javie beaucoup de prunes, de poires et de pommes. Le sol est d‘ailleurs assez ingrat. Les habitants sont laborieux et bons, mais vifs et légers. Il y a quelques manufactures d’étoffes et quelques fabriques de toile. La Javie a une population totale de 452 âmes, dont 300 agglomérées, et le reste disséminé dans les hameaux de Cluchier, de Chaudol et de Bouisse.

L’église paroissiale, sous le titre de saint Jean-Baptiste, a, pour fête patronale, Sainte-Madeleine (22 juillet). Elle est desservie par un curé. Elle a été reconstruite en 1822. Un ancien usage obligeait le prieur de la Javie de fournir à chaque chef de famille, la veille de Noël, une poignée de figues sèches, une poignée de raisins secs, une tasse de vin cuit et un gros morceau de gâteau. La communauté lui faisait en retour une redevance annuelle de deux livres tournois. Ce singulier usage avait pour but de rappeler aux habitants les grâces abondantes que Jésus-Christ avait répandu sur les hommes par le bienfait de sa naissance.

 

Visite pastorale de 1890 

La paroisse de la Javie, quoique importante comme population, présente cependant des difficultés exceptionnelles pour le service religieux. En sus de l’agglomération du village, qui est de 400 âmes environ, elle comporte un peu plus de 100 âmes disséminées dans 4 hameaux qui sont : Chaudol, le Clucheret, la Bouisse et Champourcin, distants du chef-lieu de 2 à 6 kilomètres. Chacun de ces hameaux a sa chapelle, ses fonts baptismaux, son cimetière ; et Mr le Curé de la Javie doit s’y transporter pour les baptêmes, les enterrements, les Messes des Morts chantées, etc. Ce qui est très pénible et très fatigant, surtout en hiver. En outre l’état de ces chapelles, de leur mobilier et de leurs nombreux cimetières, laisse énormément à désirer à tous les points de vue, et on ne sait comment y remédier, à cause de la pauvreté des habitants de ces hameaux et de ceux du chef-lieu, dont l’église elle-même a tant de besoins.

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[1] Cadastre napoléonien 1830, 3 P 248.