Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

AINAC

 

 

Cette ancienne commune, rattachée à la commune de La Robine en 1973, offrait une petite superficie de 519 hectares. Aujourd’hui dans le canton de Digne, elle faisait partie, sous l’ancien Régime, de la viguerie de Digne. A près de 1 110 mètres d’altitude, sa situation isolée dans des montagnes abruptes, le défaut de chemins praticables, la rigueur du climat et un terroir peu fertile soumettaient les habitants à la pauvreté. Les terres agricoles représentent 23 % en 1812 et les terres vagues et en friches 73% [1]. Les bois ne couvrent que 2 % du territoire et les pâtures un peu plus de 2 %, ce qui explique le petit nombre de bétails. Celui-ci est peu conséquent et atteint les 300 têtes aussi bien en 1774 qu’en 1837. 

 

Elle était composée de deux hameaux principaux, Villevieille et Ainac, ainsi que de quelques bastides (5 en 1774). Villevieille, comme son nom l’indique, fut d’abord le centre de la commune, puis l’habitat s’est déplacé à Ainac qui devient le chef-lieu, comme on le constate entre 1728 et 1774. La communauté possède un four à pain libre de fournage, mais le moulin à farine est commun avec celui de Lambert, construit sur le Gababre, comme signalé par la carte de Cassini. En 1817, il existe un four dans chaque hameau, l’un commun, l’autre à un particulier. La fontaine est située à 200 mètres du village.

 

Sa population n’a jamais été très importante, vu la petitesse et l’aridité du terroir. Il n’y a que 10 habitants en 1315. Après la peste, le lieu est inhabité en 1471. Il se repeuple peu à peu pour atteindre la centaine au XVIIIe et XIXe siècles, soit une vingtaine de familles. Le maximum sera atteint en 1852 avec 125 habitants. Puis le village va se vider insensiblement pour retrouver en 1962 une population de 11 habitants, comme en 1315. Cette dépopulation entraînera son rattachement à La Robine en 1973.

 

D’abord paroisse à part entière, avec son église dédiée à Notre Dame de Salloye (prieuré de Sallac ou Salloe), son mauvais état et sa petitesse obligent l’évêque de Digne à l’interdire en 1863 [2] et à réunir la paroisse à celle de Lambert [3].

 

Affouagement de 1698

 

Procès verbal :

Il y a 16 chefs de famille et 16 maisons. La communauté possède une terre gaste y ayant un bois pour l’usage et chauffage des habitants dans laquelle ils ont droit de faire depaistre leurs bestiaux en commun avec les habitants de Lambert. Ils jouissent de la liberté de fournage. Il n’y a point de vignes. Il y a plusieurs vallons dans le terroir qui l’endomagent.

Plaintes :

Il y a seize maisons très petites et mauvaises n’estant proprement que des chaumières et la plus part des habitans sont réduicts à la mandicité [4]. Il n’y a aucunes rivières audit lieu qui y portent proffit, mais il y a cantité de torrans et valons en divers endroicts dudit terroir qui en tamps de pluye par leurs desbords et rapidités à cause de la situation dudit terroir en lieu panchant et ardu entresnent quantité de gros rochers, emportent tout le melheur des fonds et causent des daumages très considérables. Il n’y a aucun passage ni commerce audit lieu d’Eynac qui est un meschant trou enfoncé dans les montagnes, esloigné de la ville et des grans chemins où il n’y a que rochers et précipices estant presque impraticables.

Il y a un seigneur qui est l’évêque de Digne et qui perçoit le quart de la dîme et un prieur qui en perçoit les trois quart. Le prieur d’Aynac possède une terre dans laquelle est bastie la meyson clastralle situé au terroir d’Eynac au cartier de Sallouye depandant du prieuré, franche de taille n’ayant jamais esté encadastrée pour estre de l’antien domaine de l’église et avoir esté toujours possédée par les sieurs prieurs dudit lieu.

 

Affouagement de 1728

 

Il y a 19 maisons habitées.

Le lieu est en un hameau appelé Villevieille et le surplus en bastiments épars.

 

Affouagement de 1774

 

Le village d’Aynac est situé au midy et bâti au milieu et sur le penchant d’une montagne en emphiteatre. Il y a une source peu abondante à 200 pas du village qui sert de fontaine publique. Le terroir est exposé aux eaux pluvialles que descendent dans les tems orageux, déposent du gravier au devant des maisons. Les maisons paroissent en mauvais état. Il y a 10 cazeaux ou maisons abandonnées tant dans le lieu que à la campagne. Les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des mauvais chemins, des torrents et rivières qui empêchent la communication de la ville de Digne dans les tems pluvieux, du climat froid et de la quantité des neiges qui tombent en hyver.

Le nombre des maisons habitées est de 8 dans le chef lieu, celuy d’un hameau appelé Villevieille de 7 et celuy des bastides ou maisons à la campagne de 5. Les chefs de famille sont au nombre de 20.

Le terroir est en cotteaux, vallons ou montagnes. Les productions sont le bled froment, le seigle, les légumes, l’avoine, l’espeautre [5], peu de foin et peu de fruits. On y nourrit 300 brebis ou chèvres, 10 beufs, 6 juments, 3 bourriques [6]. La communauté possède un four banal.

 

Garcin 1835

 

114 habitants.

 

Féraud. 1844

 

Le village d’Ainac est à 20 kil. N.N.O. de Digne. Il est placé sur le versant de la montagne qui sépare les deux vallées de Thoard et de la Robine. Cette commune n’offre rien de remarquable. Les habitants se livrent exclusivement à l’agriculture ; mais l’ingratitude du sol ne les dédommage point de leurs travaux : on récolte cependant des grains et des légumes. Le climat en est sain, et très-froid en hiver. La population totale est de 108 âmes.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1812, AD AHP 3 P 19.

[2] Visite pastorale du 6 février 1865 (AD AHP 2 V 87).

[3] Nous reviendrons plus loin sur ce prieuré.

[4] Cette assertion, que nous retrouverons plusieurs fois par la suite, indique que les habitants sont obligés d’aller en Basse Provence pour gagner leur pain, le terroir ne suffisant pas à les nourrir.

[5] Epeautre ou engrain : blé rustique qui s’accommode des terres maigres dans les pays de montagne.

[6] Bourriques : mulets et ânes.