Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

Première partie

 

Le terroir de Haute Bléone

 

d’après les anciennes descriptions (XVIIe-XIXe siècle)

 

 

Le pays de Haute Bléone s’étend du sud de Seyne au nord de Digne. Pays de montagne, il est entrecoupé de vallées creusées par des cours d’eau. Au Nord, Auzet est bâti à 1 200 mètres, Marcoux, au sud, repose à 700 m. Chaque vallée a été colonisée et les villages sont à proximité des torrents (Carte 1). Les conditions de vie sont difficiles à cause de la rigueur du climat, d’un sol peu fertile, la plupart du temps pentu et rempli de pierres. Les seules possibilités de culture se trouvent aux abords des rivières et des torrents et sur quelques petits plateaux disséminés dans les montagnes. Celles-ci sont élevées et abruptes, coupées par des ravins étroits. Les communications, autrefois, étaient en outre très aléatoires et même dangereuses.

 

Plusieurs séries de textes nous révèlent les conditions de ce terroir. Ce sont d’abord les rapports des affouagements, au nombre de trois, de 1698, 1728 et 1774-1775 [1]. Les deux premiers livrent les « plaintes et remontrances » de chaque communauté se plaignant que les impositions sont trop élevées et demandant une diminution. La situation du terroir peut sembler être noircie volontairement afin d’attendrir les commissaires, mais à lire le troisième affouagement, celui de 1774, qui a été rédigé par les commissaires eux-mêmes, on s’aperçoit que la réalité n’a pas été trop déformée. Puis viennent trois historiens, Achard en 1787, Garcin en 1835 et Féraud en 1844 [2]. Enfin le cadastre napoléonien et les statistiques annuelles permettent de visualiser la répartition des terres et la qualité du cheptel. Ces textes permettent d’apprécier les conditions de vie, parfois de survie, de cette population de Haute Bléone [3].

 

Cette population n’a jamais été très nombreuse, à cause des conditions du terroir. Avant la peste du XIVe siècle, en 1315, on dénombre 5305 habitants sur un territoire couvrant plus de 51 000 hectares. Après la peste, en 1471, la population a chuté de 71%, avec 1516 habitants. Il faudra attendre le milieu du XIXe siècle, en 1851, pour retrouver un nombre à peu près égal à 1315, soit 5178 habitants. Mais la chute sera de nouveau brutale puisque 100 ans plus tard, en 1962, la population aura décrue avec 1599 habitants, retrouvant celle de 1471. Depuis 1962, la population se relève, avec 2473 habitants en 1990 et 2756 en 1999. C’est la commune du Brusquet qui explose passant de 235 habitants en 1962 à 992 en 1999. Les autres progressent moins spectaculairement, certaines continuent leur déclin comme Auzet, Barles, Prads et Verdaches, sans doute à cause de l’altitude.

 

Les affouagements de 1698 et de 1774 citent la plupart du temps les fontaines, les fours à pain et les moulins à farine. Ces derniers sont repérables sur la carte de Cassini qui est contemporaine des dernières descriptions.

 

Pour mieux suivre ces descriptions, nous reprenons les communes telles qu’elles existaient jusqu’en 1974 avant les différents regroupements (Carte 4).

 

 

 

Carte 4

 

Les communes et leurs principaux hameaux aux 18 et 19e siècles

 

Carte 4

 

 

Les communes de Haute Bléone jusqu’en 1974 :

 

- Canton de La Javie : Archail, Beaujeu, Blégiers, Le Brusquet, Draix, Esclangon, La Javie, Mariaud, Prads, Tanaron.

- Canton de Seyne : Auzet, Barles, Verdaches, Le Vernet.

- Canton de Digne : Ainac, Lambert, Marcoux, La Robine.

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[1] AD AHP, C 18, 40 et 41 pour 1698, C 21 pour 1728 et C 25 pour 1774. Affouagement ou réaffouagement : d’abord impôt sur chaque maison d’habitation, chaque feu ou foyer. Ce feu est devenu ensuite une unité de mesure servant à évaluer la richesse d’une communauté et de son terroir. Il était établi et prélevé par les Etats de Provence au profit du trésor royal et des besoins des services publics de l’administration provençale.

[2] - ACHARD Cl-F. Description historique et géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne …, Aix, 1787-1788 (2 volumes).

- GARCIN E, Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, Draguignan, 1835.

- FERAUD J.J.M (abbé). Géographie historique et biographique du département des Basses-Alpes, 1844 (Res Universis, 1992).

[3] Pour la population, nous avons utilisé les données fournies par L’Atlas Historique. Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco. Baratier, Duby, Hildesheimer, Paris, 1969. Dates : 1315, 1471, 1765, 1851 et 1962, ainsi que les données de l’INSEE pour la période actuelle. Cadastres napoléoniens, série 3 P ; statistiques annuelles, 6 M 299 (1837).