Daniel Thiery

La Haute Bléone

LA HAUTE BLEONE

 

(Alpes de Haute-Provence)

 

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

Historique du peuplement de l’Antiquité au XIIIe siècle

 

Daniel THIERY

 

 

Cette étude a été réalisée dans les années 2005-2006. La partie de l’Historique du peuplement est paru incomplètement dans les Chroniques de Haute Provence, 2013, n° 370, p. 41-96, sous le titre « La Haute Bléone ». C’est pourquoi, nous nous permettons d’en donner ici la totalité. La première partie, par contre, est inédite.

 

 

Cadre de l'étude

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle   

Historique du peuplement de l’Antiquité au XIIIe siècle

 

 

Cadre de l’étude

 

Deux caractères déterminants nous ont amenés à choisir la région de Haute Bléone pour tenter de rassembler la documentation la concernant. Ils sont d’ordre géographique et historique. Ce territoire apparaît en effet comme une entité remarquable dont les conditions naturelles ont fourni un cadre pour développer à différentes époques une occupation humaine bien individualisée.

 

Géographiquement, c’est un pays de montagnes dont les cours d’eau se dirigent vers le sud, se réunissant tous dans la rivière principale, la Bléone, qui, après avoir traversé Digne, va se jeter dans la Durance (Carte 1). Au nord de ce secteur, les rivières et torrents se dirigent vers le nord, passant par Seyne pour rejoindre la Durance à la hauteur du lac de Serre-Ponçon. Le Col de Maure à 1346 mètres fait communiquer les deux bassins. A l’est, le territoire est séparé des vallées de Barcelonnette et de l’Ubaye par une longue chaîne de montagnes culminant à près de 3 000 mètres. Cette chaîne départageait sous l’ancien Régime les diocèses de Digne, d’Embrun et de Senez. Le toponyme Les Trois évêchés (2818 m) rapelle d’ailleurs cette ancienne division. Elle a servi également de frontière jusqu’en 1714 (Traité d’Utrecht) entre le Comté de Provence et la vallée de Barcelonnette alors dans le Duché de Savoie. La Montagne de Chine et le massif d’Aiguille (1700-1900 m) délimitent la partie ouest du territoire, limite également sous l’ancien Régime avec le diocèse de Gap. Au sud, le territoire est ouvert sur la plaine de Digne et de la Durance par la Bléone.

 

Historiquement, cette région, comme nous le verrons plus loin, a servi de cadre humain, une première fois, pendant la période préromaine, à la tribu alpine des Galitae, puis sous Charlemagne à l’Ager Galadius, propriété du monastère de Saint-Victor de Marseille. La période romaine, mal connue dans ce territoire, semble cependant s’être également calquée sur sa particularité géographique. Durant le Haut-Empire, la même chaîne de montagne à l’est séparait le royaume alpin de Cottius de celui de la Provincia Narbonensis, puis ensuite les Alpes Cottianae des Alpae Maritimae. Ce territoire, dès le Ve siècle, servit également à constituer la plus grande partie de l’ancien diocèse de Digne, qui devait correspondre à une division administrative romaine (Carte 2).

 

Le territoire de la Haute Bléone, telle que nous l’avons délimité géographiquement, correspond à douze communes réparties dans les cantons actuels suivants (Carte 3) :

- canton de La Javie avec ses six communes : Archail, Beaujeu, Le Brusquet, Draix, La Javie, Prads ;

- quatre communes du canton de Seyne : Auzet, Barles, Verdaches, le Vernet ;

- deux communes du canton de Digne : La Robine et Marcoux.

 

La documentation à laquelle nous avons eu recours repose essentiellement sur les archives ecclésiastiques, publiées ou non. Ce sont les seuls documents qui, à partir du Haut Moyen Age, nous informent sur ce territoire. Le premier de ceux-ci est le cartulaire de Saint-Victor qui fournit une douzaine de textes de 780 au XIIIe siècle. La documentation reprend seulement au XVIIe siècle avec les visites pastorales des évêques de l’ancien Régime, malheureusement très succinctes. A partir du XVIIIe siècle, les affouagements et le Dictionnaire d’Achard permettent d’apprécier la situation des communes et des paroisses. Au XIXe siècle, Garcin, l’abbé Féraud, le cadastre napoléonien et les visites pastorales prolongent cette appréciation. A part le texte du cartulaire de 814 qui a été commenté par quelques auteurs, la bibliographie sur ce territoire est succincte et même inexistante. Notre but est donc de tenter de combler cette lacune, sachant que de grands vides documentaires subsistent encore.

 

 

 

Carte 1

 

Le réseau hydrographique de la Haute Bléone

 

 
Carte 1  

 

 

 

 

Carte 2

 

Les paroisses du diocèse de Digne sous l’ancien Régime

 

Carte 2

 

 

 

Carte 3

 

Les communes actuelles dans les limites cantonales

et les anciennes communes ou communautés

 

Carte 3

 

 

Blégiers comprenait les communautés de Chanolles, Chavailles et Champourcin (uni à Chanolles au XIVe s.)

Blégiers uni à Prads en 1977 et Mariaud en 1987.

Ainac, Lambert et Tanaron, communes unies à La Robine en 1973.

Esclangon, commune unie à La Javie le 30 mars 1973