Daniel Thiery

Milieu rural à Caussols

 

Le milieu rural

 

à Caussols (A.-M.)

 

 

Caussols 1

En 1994, nous avons publié une étude dans les Mémoires de l’IPAAM, T XXXVI, sur « Caussols en 1834. Etude du milieu rural et des constructions en pierre sèche ». L’article a été repris dans un fascicule hors-série en octobre 1998 édité par le Groupe de Recherches Historiques en Provence. Intitulé « CAUSSOLS », il présentait cinq études sur la commune réalisées par Laurent Del Fabbro et nous-mêmes. Nous nous servirons également d’une étude inachevée du cadastre de Caussols de 1766.

 

Brève histoire de Caussols

 

 

Extrait de notre Editorial du Fascicule hors-série sur Caussols

 

"Le nom de Caussols suscite pour quiconque est venu au moins une fois vivre une journée dans son territoire de multiples résonances. Selon son inclinaison, ses goûts, ses aspirations secrètes, il a ressenti des sensations indéfinissables qu’il raconte ensuite avec une nostalgie de bonheur inédit. Le cadre naturel, le plateau verdoyant, les montagnes dénudées, la forêt, les dolines aux formes curieuses, l’ondulation des collines, la sécheresse insoutenable ou le brouillard laiteux, les gouffres insondables, les amas de rochers incohérents, l’odeur de l’air, l’immensité, comme entre ciel et terre, attirent, retiennent l’apaisement, la prolongeant en de lointaines réminiscences.

 

Si les amateurs de dépaysement sont nombreux, d’autres, il y a plus d’une centaine d’années, sont venus explorer gouffres et cavernes, abîmes, s’enfonçant sous terre, y cherchant les secrets d’un plateau où l’eau, ne pouvant s’échapper naturellement dans des vallons, a creusé dans le sous-sol d’innombrables galeries et entonnoirs. D’autres ont tenté de percer les mystères de son histoire ancienne, relevant les traces d’habitation, de sépultures, d’activités, essayant de reconstituer la présence évanescente des hommes d’antan. D’autres encore sont tombés, comme envoûtés, sous la puissante attraction des constructions en pierre sèche, à la fois élégantes et trapues, mystérieuses et en même temps rassurantes, à l’image des « cabanes des bois » construites dans leur enfance".

 

C’est cette dernière attractivité qui nous a conduit à étudier les constructions en pierre sèche, à la suite des études menées sur la commune de Saint-Vallier. La consultation des cadastres de 1766 et de 1834 a été déterminante pour en saisir l’évolution. Il faut d’abord effectuer un retour en arrière. Le 24 novembre 1158, apparaît pour la première fois le nom de Caussols, avec l’ecclesia de Calsolis dont Raimond Ier, évêque d’Antibes est possesseur (RACP, p. 97). Puis, le castrum de Canzols est cité au début du XIIIe siècle dans la viguerie de Grasse. Il est affouagé pour un demi feu alors que Cipières l’est pour 5 feux. Ce qui signifie qu’il s’agit d’une petite communauté. Le village était situé au lieu-dit au nom évocateur de Villevieille. L’affouagement de 1774 relate que : ledit lieu de Caussols est inhabité, les possédants biens prétendent qu’il y avait eu il y a plusieurs siècles un village dont nous n’avons découvert aucunes traces ny vestiges.

 

Durant le XIVe siècle la commune va subir, comme dans toute la Provence, de mauvaises conditions météorologiques, les ravages des bandes armées et le fléau de la peste, si bien qu’en 1400, elle va être déclarée inhabitée. A partir de cette date, la commune va devenir un lieu de ressources en pâturage pour les communautés voisines, en premier lieu, celle de Cipières, la plus proche. Les deux communes n’en feront qu’une seule, soumises au même seigneur jusqu’en 1790. Mais d’autres communautés, se repeuplant au cours des XVIe et XVIIe siècles, se trouvent démunis de terres arables et de pâtures. C’est le cas des habitants de Châteauneuf-de-Grasse et du hameau de Magagnosc. 

 

Les Propriétaires

 

La mention lieu inhabité de Caussols se retrouve lors de l'affouagement de 1774 où sont recensées quatorze bastides ou maisons à la campagne, dont quatre sont habitées toute l'année et que les dix autres ne le sont qu'en été et lors des travaux à la campagne . Cet état de lieu inhabité se retrouve également avec le cadastre de 1834 où tous les propriétaires sont domiciliés hors de la commune, à part deux personnes, sans indication de résidence, qui pourraient effectivement habiter sur place : un Foucard, berger et un Funel, ménager. En 1880, une enquête pour le logement des troupes fait remarquer que les maisons de Caussols ne sont habitées que pendant les mois de juillet, août et septembre et que si le lit avec un matelas est de toute rigueur, c'est tout au plus si dans tout Caussols on pourrait en trouver vingt de disponible; en général, les habitants couchent sur de simples paillasses et le plus souvent dans les greniers à foin (ADAM, C 47. Affouagement du 27 septembre 1774).

 

Lors de l’établissement de cadastre de 1766, celui-ci indique en fin de volume : le cadastre de la Communauté du lieu inhabité de Caussolsa été mis au net par nous notaire greffier ce jour 22 juillet mil sept cens soixante six. Son analyse a permis de recenser 266 propriétaires, dont 20 nommés sans profession. Les plus nombreux sont des travailleurs, au nombre de 157. Viennent ensuite : 50 ménagers, 20 bourgeois, 5 bergers, 2 muletiers et 2 notaires royaux. A l'unité : avocat, bayle, marchand, prêtre, seigneur, négociant, menuisier, cardeur à laine, tisseur à toile, tisserand. Ils sont issus des villes et villages voisins, mais la majorité réside à Cipières et Magagnosc. De Cipières : 118 ; de Magagnosc : 81, dont 59 travailleurs, 16 ménagers, 4 bourgeois, 1 négociant, 1 tisserand. Les ménagers et travailleurs sont issus essentiellement de Cipières (103) et de Magagnosc (75) et représentent 86 % de ces deux classes sociales. Les 5 bergers sont tous de Cipières. Il faut noter le peu d'habitants de Gourdon et de Bar-sur-Loup, communes limitrophes, à venir investir le plateau de Caussols.

 

Cette situation se retrouve avec le cadastre de 1834 où l'on recense 116 propriétaires de Magagnosc avec 907 hectares, 80 de Cipières avec 274 hectares, 50 de Grasse avec 364 hectares. L'emprise de Magagnosc s'est accentuée depuis 1766, celle de Cipières ayant bien diminuée.

 

Les principaux propriétaires de Magagnosc sont issus seulement de 3 familles. On relève 33 Hugues, 31 Cresp et 17 Aune. Ce sont les mêmes rencontrées sur la commune de Saint-Vallier et qui ont colonisé les quartiers du Ferrier et du Doublier depuis le XVIIe siècle. Leur vocation d’agriculteurs montagnards s’affirme encore ici à Caussols. Chaque branche de famille a été affublée d’un surnom afin de pouvoir les distinguer. Ainsi, chez les AUNE : Joselet, Rancurel, La Ronde. Chez les CRESP : Vinaigre, La Rigueur, Valentin. Chez les HUGUES : Pauvreton, Prince, Barquin, Jursoun, Gustavon, Lentillon, Courgoussou. Parmi les plus curieux : Troun, Deux Pans, Pété, Fagot, Fricassaye, Capitaine, Bravasse, Galessou, La Machine, Cassadoux, Figaloux, Durandal, Bon Valon, Pilonier, l’Oeuf. 

 

Les constructions en 1834

 

On recense 374 aménagements, dont

22 maisons

11 bastides

54 bastidons (cabanes rectangulaires au toit de tuiles)

41 bergeries

53 courtils (parcs à moutons non couverts)

21 patecs (synonymes de cour)

46 cabanes (bories, au toit en encorbellement)

11 masures (constructions en ruine)

1 enclos

104 aires de battage

1 vanade (synonyme de parc)

4 cours (patecs)

1 ruine

4 autres (église, réservoir, fontaine, terrasse)

 

Magagnosc possède la moitié des aménagements. Viennent ensuite les habitants de Grasse et de Châteauneuf. Il apparaît alors que ces constructions servaient d’habitats saisonniers pour ces colons en quête de terres. Ils exerçaient les deux activités, agricoles et pastorales. Les aires de battage, bastidons et cabanes sont situés près des dolines labours, les bergeries et courtils sur les terres gastes, arides.

 

 

Les productions

 

L’affouagement de 1774 :

Que les productions du terroir sont la plus grande partie en seigle, une moindre partie en blé froment, un peu d’orge, un peu d’avoine, du foin et quelques agneaux. Que les pâturages sont communs après la coupe du premier foin et des semis, lesdits pâturages présentant en état de produire un seul foin, y en ayant même une quinzième partie qu’on ne fauche pas, attendu le peu d’herbe que la faux ne peut pas prendre… Qu’on nourrit en été dans ledit terroir environ soixante trenteniers de moutons et brebis dont quarante trenteniers de brebis et vingt de moutons, lesquels troupeaux ne peuvent rester à Caussols, attendu les violents froids de l’hiver, que depuis le mois de may jusqu’à celui d’octobre, c’est-à-dire pendant cinq ou six mois, le restant de l’année allant dépaître en Basse Provence, y ayant de plus dans ledit terroir dix paires de bœufs pour les labours, quatre paires de vaches et huit juments.

 

Les statistiques agricoles annuelles de 1891 :

 

Caussols a fourni cette année-là pour 300 hectares 1 500 hectolitres de froment et 5 000 quintaux en paille, soit une moyenne de 5 hectolitres de grains par hectare. Il y a 5 hectares de seigle produisant 30 hectolitres de grains et 100 quintaux en paille. Egalement : 23 hectares d’avoine produisant 20 hectolitres en grains et 50 quintaux en paille. 90 hectares fournissant 1 200 quintaux de pommes de terre, 12 hectares plantés en trèfle donnant 120 quintaux et enfin 350 hectares de sainfoin.

 

En ce qui concerne l’élevage, il est recensé 10 chevaux, 5 mulets, 1 âne, 10 bœufs pour le travail et 4 vaches. L’espèce ovine comprend 70 béliers, 1 100 brebis, 1 300 agneaux. On recense également 10 porcs. La production en laine s’élève à 55 quintaux 50. Le terroir nourrit en outre 1 800 ruches procurant 400 kg de cire.

Il est probable que durant les siècles antérieurs, ces produits étaient les mêmes, comme on peut le constater, du XIVe au XVIIIe siècle, dans les divers arrentements qui nous sont parvenus entre les fermiers de la dîme et le Chapitre de Grasse.

 

 Caussols en hiver

 

Caussols en hiver 

 

Bibliographie 

 

Sources :

Archives Départementales des AM :

Cadastres, E 067. CC 002, 003, 004

Logements et cantonnements, E 067 / 2 H 1

Affouagement du 27 septembre 1774, C 47

Statistiques agricoles annuelles, 7 M 17189

 

Documents :

. Caussols, par le C.F.J.L., travail de synthèse réalisé par Mmes Martin, Bernaud et Armand, à partir des recherches de Paul Blimmer, 32 pages ronéotypées, juin 1962 (Site Internet de Caussols).

. Le cadastre de Caussols de 1766. Daniel Thiery, 2004, non publié

 


 

Un centre d’exploitation

 

Nous avons choisi, parmi d’autres, un quartier qui présente constructions et activités diverses, pour comprendre l’organisation rurale. Elle est le fait d’habitants de Magagnosc : Andriolet, Moutton et Aune.

Coordonnées géographiques. Longitude : 6 55 193. Latitude : 43 44 033. Altitude : 1121 m.

Pastouret aérien

Google Earth. Combe Pastouret

Pastouret cadastre

Assemblage section A 2 et A 3. Cadastre 1834,

correspondant à l’image ci-dessus

 

 

Parcelle 566 : aire et cabane, 220 m² à Jean-Baptiste Andriolet

Parcelle 569 : cabane, 48 m², à Jacques Moutton

Parcelle 183 : cabane, 28 m² à Pierre Aune

Parcelle 184 : courtil, 230 m², idem

 

Cabane/Borie 569 à Combe Pastouret

 

Jean-Baptiste Andriolet, cultivateur à Magagnosc, possède en 1834 à Caussols 6 parcelles totalisant 2 ha 60 a 10 ca, situées dans le quartier de Combe Pastouret. Il a 2 hectares 08 de terres labours (parcelle 567) justifiant une aire à battre le blé avec un cabanon de stockage (Parcelle 566). N’ayant pas d’autres propriétés à Caussols, le cabanon lui permettait d’y passer quelques jours lors de la moisson et du battage du blé. En 1902, l’exploitation échouera à Maximin Hugues de Magagnosc.

 

La cabane 569 est associé au labour 568 de 1 hectare 21. Le propriétaire est Jacques Moutton, dit Cadet, ménager de Magagnosc. Il possède d’autres propriétés à Caussols dont un autre cabanon et une aire au quartier de la Bouissière. La propriété ira ensuite à Pierre Moutton, puis à Antoine Giraud de Valbonne en 1878. Il est probable que cette date marque la fin de l’exploitation. Jean Laffitte suggère que le devant de la borie présente un espace rectangulaire bordé d’un muret qui a pu abriter des ruches. Il ne faut pas oublier que Caussols en recevait 1800 en 1891. Le cadastre de 1951 recense les constructions comme ruinées dans les parcelles 72 et 73.

Borie 569-1 Borie 569-2

 

Borie 569-3 Borie 569-4

Borie/Cabane 569

Entrée couverte par un arc clavé

protégé par un larmier 

 

 

Courtil 184 de l’Escarel

 

Le deuxième complexe est constitué des parcelles 183 et 184 au quartier de l’Escarel. Il est situé à 170 mètres à l’est de la borie précédente. Il appartient à Pierre Aune, dit Rancurel, ménager à Magagnosc. Un courtil de 230 m², parcelle 184, contient un abri rectangulaire dans un des angles, près de la porte d’entrée ouvrant vers l’Ouest. Le cadastre recense, immédiatement au sud, une cabane, matérialisée par un rond, ce qui révèle une borie, parcelle 183, de 28 m². Elle n’apparaît pas sur les photos aériennes, étant cachée dans un bosquet d’arbres qui a envahi l’ancien labour. D’ailleurs le cadastre de 1951, s’il reproduit le tracé de l’enclos, omet la borie ruinée. Le courtil, enclos à moutons non couvert, indique une activité pastorale que la famille Aune, unie souvent par mariage à celle des Cresp, pratiquait en même temps que l’agriculture. Pierre Aune possédait plusieurs terres sur tout le territoire de Caussols, avec également une maison au quartier du Colombier, parcelle 82 E de 30 m². En 1911, François Aimé Maubert, ayant laissé son nom à la Bergerie Maubert  située juste au Sud, sera propriétaire des terres de Pierre Aune. La maison revient en 1893 à Eugène Aune, époux Giraud, aux Chauves, à Magagnosc.

 

Coordonnées géographiques. Longitude : 6 55 26.9. Latitude : 43 44 03.5. Altitude : 1121 m.

Enclos
Google Earth. L'Escarel

 

2 bories, bastide et aire, quartier La Fayette

 

Voici un ensemble remarquable de 2 bories jumelles, d’une aire à battre le blé et d’une bastide.

Il est situé à 163 m à l’Ouest de la Voie romaine, ancien Chemin de Caussols au Bar.

La carte IGN signale un diverticule qui s’en détache jusqu’à l’Aven Alain.

 

Coordonnées géographiques. Longitude : 6 56 144. Latitude : 43 44 225. Altitude : 1121 m.

 

C’est un ensemble comprenant 4 parcelles décrites ainsi en 1834, en section A, quartier La Fayette :

81 : rochers, 1 h 07 a 80 ca

82 : labour, 5 a 60 ca

83 : aire, 2 cabanes, bastide, 2 a 50 ca

84 : essart et rochers, 7 h 16 a 00 ca

Le propriétaire : ROBERT Mayol, ménager à Châteauneuf-de-Grasse, fils de Louis (Matricule 326). Ce sont ses seules possessions à Caussols.

En 1846, lui succède ROBERT François, de Grasse.

En 1883, NEROLI Alexandre, de Magagnosc.

 

Sur le cadastre de 1951, ne figure que la bastide, parcelle 228, les bories étant signalées comme non imposées.

 

Photos Octobre 1998 (DT 1206. 1207. 1208. 1211).

Cadastre Lafayette Aérien Lafayette
Cadastre 1834 Google Earth
Lafayette 1 Lafayette 2 
Lafayette 3 Lafayette 4

 


 

 

Bastidon au Clot d’Armée ou Darmée

 

 

Nous présentons ce bastidon pour son appareil de façade particulièrement réussi et très beau.

Il est situé dans le quartier de Clot d’Armée, à 176 m à l’ouest du chemin qui du Col du Clapier au Sud rejoint la route des Claps au Nord.

 

Coordonnées géographiques. Longitude : 6 56 048. Latitude : 43 43 134. Altitude : 1132 m.

 

En 1834 Honoré AUSSEL, cultivateur à Magagnosc, possède 5 parcelles dans ce quartier,

 

section C :

 

339 : aire, 290

340 : bastidon, 27 m²

341 : labour, 3300 m²

342 : labour, 340 m²

343 : essart, 2 ha 53 a 90 ca

 

Ce sont ses seules possessions à Caussols. Elles passeront en 1840 à Jean-Jacques HUGUES, dit Masséna, cultivateur, de Magagnosc. En 1880 à François HUGUES, à Magagnosc. En 1913, à Pierre MOUTTON, époux HUGUES, à Châteauneuf. Cadastre de 1951 : parcelle 186 avec toit.

Cadastre clos dArmée Aérien Clos dArmée
Cadastre 1834 Photo aérienne Google Earth

 

Armée 1 Armée 2

Bastidon 340

L’harmonieux appareil de la façade contraste avec le reste de l’édifice


 

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