Daniel Thiery

La Montagne du Doublier

 

La Font Saint-Paul D 9

 

C’est sous ce nom qu’elle est signalée par le plan cadastral de 1817. La carte au 20 000° la mentionne également : source St Paul. Elle est située 200 m au Sud de la bastide des Espérets.

Coordonnées géographiques. Longitude : 6° 54° 23.7° E. Latitude : 43° 41° 26.5° N.

Altitude : 995 m.

 

Adossé à une terrasse et au pied de celle-ci, abreuvoir construit en dalles de pierre calcaire soigneusement dressées et jointoyées. Il est orienté EO et les côtes sont fermés chacun par une dalle. A peu près au centre, à 0.10 m au-dessus de l’abreuvoir, dans la terrasse, trou actuellement bien calcifié, par où coule l’eau.

Longueur de l’abreuvoir : 12 m

Largeur : 0.40

Profondeur : 0.20

Capacité : 0.96 m3

La terrasse est haute de 1.50 m. Les dalles offrent une épaisseur de 0.18 m.

 

Bibliographie :

Archives :

1569, Pâti et chemins communaux, (AC/ADAM HH 2) : «  chemin du vallon de Faissolado jusqu’au chemin de Freme morte avec un relarguier autour du puits de Saint Paul ». 1655, Rapport sur les Clots, (AC/ADM CC 1), f° 139 r° : « à laquelle Coste de St Pol y a un abreuvage pour toute sorte de bestiaux ».

Cet abreuvoir était idéalement placé, puisqu’au bord du chemin qui, du Col du Pilon, venait de Grasse et menait au Bar. C’est ainsi qu’il est nommé par le cadastre de 1817, plan section C, « Chemin du Doublier ou du Bar ».

Font St-Paul

Photo B. Plouviez. Septembre 1996,

avec l’auteur

 

La Coste de Saint-Paul

 

Nous ne pouvons quitter la montagne du Doublier ou des Gardies sans évoquer le toponyme Saint-Paul, attribué à un quartier et à une source.

 

L’Ermitage et le dolmen du quartier de Saint-Paul

(Extrait de notre article « Archives, Histoire et Archéologie » Mém. IPAAM. T XL, 1998, p. 125-130).

 

En 1896, Adrien GUEBHARD, fait paraître un article sur Ponadieu, décrivant plusieurs curiosités à la fois géologiques et historiques concernant la commune de Saint-Vallier (1). A la page 121, il rapporte que la « Fontaine Saint-Paul est la seule trace actuellement subsistante de l'existence d'un ancien hermitage bâti lui-même sur l'emplacement d'un dolmen que mit à jour l'édification de la petite bastide actuelle ». N'étant pas natif du pays, mais de Neuchâtel en Suisse, il est évident qu'il rapporte là une tradition orale transmise par les habitants. Il mentionne également la découverte « d'un trésor monacal » ayant fait la fortune du « maître de céans ».

 

Devant ces données, nous avons été dubitatifs, comme Bernard GASSIN qui estime, à propos du dolmen, « que le site est douteux, Guebhard ne l'ayant connu que par ouï-dire » (2). Cependant, la dénomination Saint-Paul, attribuée à une source et à un nom de quartier, « la Coste de Saint-Paul », nous intriguait. Le nom d'un saint ne peut être ainsi appliqué à un lieu-dit et à une source, s'il n'est pas relié à une réalité quelconque, croix, oratoire, chapelle ou autre. Le quartier de Saint Paul est déjà signalé en 1655 (3) et « le relarguier du puits de saint Paul » en 1569 (4).

 

La dénomination du quartier a disparu avec le cadastre de 1742, mais le « puits » existe toujours, long abreuvoir d'une contenance de 0,96 m3. Il était idéalement placé au bord d'un vieux chemin permettant de relier Grasse à Entrevaux, le trajet par la terre noble de la Malle étant interdit depuis 1222 (5).

 

Ayant placé ces informations et interrogations dans un coin de notre mémoire, un texte, découvert en 1997, a tout de suite attiré notre attention. Par deux fois, le devis concernant la terre de Saint-Paul prévoit de « construire une muraille au dessous de la chapelle » et il « sera posé un terme au coin de la chapelle » (pages 5 et 6).

 

Une partie de la tradition rapportée par Adrien GUEBHARD trouvait là une confirmation et une justification par l'existence réelle d'une chapelle dans le quartier de Saint-Paul. Deux prospections dans ce quartier ne nous ont pas permis de retrouver ce qui pourrait encore subsister de l'édifice. La « petite bastide » citée par GUEBHARD a été complètement rénovée et rien n'apparaît dans la construction laissant supposer un aménagement plus ancien. Quant au dolmen, aucune trace évidente, car si la tradition a raison sur un point, faut-il la mettre en doute sur l'autre information ? D'autres prospections, d'autres textes, apporteront peut-être enfin une réponse satisfaisante.

________________________________

 

1 GUEBHARD Adrien, “Ponadieu”, Bull. Club Alpin Fr., sect. A.-M., Gauthier, Nice, 1896, p. 115 à 139.

2 GASSIN Bernard, Atlas préhistorique du midi méditerranéen, feuille de Cannes, CNRS, Pans, 1986, n° 55, p. 71.

3 1655, Rapport sur les Clots, op. cité, f° 139 r°.

4 1569, Rapport de délimitation des pâtis, passages et chemins du terroir de Saint-Vallier, AC/ADAM, HH2.

5 BENOIT, Fernand, ACP, n° 40 : Accord passé par Bertrand de Targe, seigneur de la Malle avec les consuls de Grasse le 11 septembre 1222 et confirmé par Raimond Bérenger : «nous voulons et commandons que personne de la ville de Grasse ne vienne à la fontaine de la Malle si ce n'est par le chemin qui vient de Saint-Vallier ».

6 Devis instructif et estimatif sur les réparations des terres de St Paul et Faissolade que le chapitre a fait mettre aux enchères, du 1er octobre 1749, ADAM G 897.