Daniel Thiery

Le terroir du Ferrier. Saint-Vallier-de-Thiey

 

 

 

 

 

LE TERROIR DU FERRIER

 

Commune de Saint-Vallier-de-Thiey (A.-M.)

 

LES CONSTRUCTIONS EN PIERRE SÈCHE 

 

 

Photo décembre 1988

 

 

 

Cette étude sur le territoire du Ferrier collationne plusieurs textes que nous avons publiés sur le sujet :

. Article paru dans les Mémoires de l’IPAAM, T XXXII, 1990, p. 71-87

. Article paru dans les Mémoires de l’IPAAM, T XXXIII, 1991, p. 59 à 94

. Extrait de notre Dictionnaire Historique sur la « brève histoire du Ferrier», 2000.

. Article « les Bories de Préalpes de Grasse, pastorales, agricoles ? », CRDO, Mouans-Sartoux, 1997, p. 41-58.

. 2e fascicule de nos « Promenades archéologiques et pastorales, Nice, CEF, 1990

Remanié en 2014. Avec ajout de photos, coordonnées géographiques et surfaces des bâtiments.

Coordonnées géographiques WGS84, degrés sexagésimaux avec  Géoportail

 

 

Brève histoire du Ferrier

 

 

Perché à plus de 1100 m d’altitude, entouré de montagnes arides et pierreuses, ce terroir offre un plateau de 1500 x 1200 m, bien orienté au Sud, pourvu de sources sourdant au pied de la montagne. Il est situé à 2300 m au NNE (60)° du village.

 

Une première occupation antique est attestée avec le Camp de la Malle, mais celui-ci étant impropre à l’habitat, le plateau offrait terres de culture et de pâture, sources abondantes et possibilité d’habitat. Ce dernier a été retrouvé sous la forme d’aménagements en terrasses et de cases sur près de 1000 m².  Par précautions, nous ne donnons ici aucune indication sur sa localisation. Des fragments de poteries pré-romaines et romaines y ont été observés et attestent une occupation antique.

 

Sur tout le plateau, on remarque également des scories de minerai de fer. Il est probable que le nom de Ferrier tire son nom de ce gisement naturel et que les habitants gallo-romains surent en tirer profit, comme sans doute également dans le Vallon de Nans tout proche où est signalée une mine de lignite et de fer.

 

Quand la pax romana s’installe, l’habitat perché du plateau et le Camp de la Malle sont délaissé pour une installation dans la plaine à l’emplacement du village et le Ferrier est livré aux troupeaux de moutons. C’est ce qu’indique un texte de 1540 où cette partie du territoire de Saint-Vallier ne sert qu’à « raison de pâturage ». Mais un personnage puissant, le Comte Claude de Tende, à la fois gouverneur de Provence et seigneur de Caussols-Cipières, avait remarqué l’intérêt de ce plateau et voulait se l’accaparer. Le 20 mai 1540, la conclusion du procès lui donne tort. Le chapitre de Grasse et la communauté de Saint-Vallier, unis en cette circonstance, surent prouver que « de mémoire d’homme, cette partie du territoire était sans contestation » appartenant à Saint-Vallier.

 

Un rapport sur les clots de 1655 qualifie le terroir de « terres gastes et communes », recense un seul « bâtiment » et des terres novales, nouvellement défrichées. Le bâtiment cité se trouve à l’Est, près du col de la Malle, là où se présentent les meilleures terres pour les labours. L’ensemble appartient à un notable de Grasse qui emploie des « travailleurs » de Magagnosc pour faire fructifier son domaine, une vingtaine d’hectares. A l’Ouest de ces terres cultivées, c’est le désert, improductif, où les gens de Saint-Vallier mènent parfois paître leurs moutons. Début 18e siècle, 40 familles de Saint-Vallier quittent la commune et vendent leurs terres pour un prix dérisoire. Les travailleurs de Magagnosc acquièrent et usurpent les terres délaissées du Ferrier et les mettent en culture. Ils aménagent des terrasses, canalisent la source du Ferrier, creusent des puits, sèment des céréales, des légumes secs et plantent des arbres fruitiers. En deux générations, le plateau est devenu un jardin. Comme ils habitent loin (8 km) et sont obligés de monter de 400 à 1100 mètres, ils construisent des cabanons afin d’y passer quelques semaines lors de la récolte, durant « la belle saison ». De « travailleurs », ils deviennent « ménagers », certains mêmes, « propriétaires ». La famille Laugier a pu ainsi acquérir les terres du notable de Grasse, cultivées par l’arrière-grand-père.

 

Mais déjà à la fin du 18e siècle, apparaît un certain découragement et une grande lassitude. Les « maigres récoltes de blé et de légumes secs » sont peu profitables et n’attirent plus les descendants des premiers colons. Milieu 19e, les parfumeries de Grasse accaparent la main-d’œuvre et la vie plus facile, en ville, provoque l’abandon des derniers cultivateurs du Ferrier. A la fin du même siècle, Xavier GOBY, époux Tombarel, achète la moitié des terres abandonnées et y pratique la récolte des lavandes pour la parfumerie. Le reste est de nouveau livré aux troupeaux de moutons, le Ferrier est redevenu un désert. Les terrasses s’éboulent, la bonne terre est emportée par les pluies, les puits se comblent, les cabanons s’écroulent, la garrigue s’installe et l’histoire du Ferrier s’estompe dans les brumes de la mémoire. Cette dernière n’a retenu de cette longue histoire que la dernière occupation, ce qui a fait dire aux habitants et aux historiens que les bories et cabanes en pierre sèche avaient été construites et occupées par des bergers. L’étude sur ce terroir du Ferrier démontre amplement que ce sont des agriculteurs étrangers à la commune qui l’ont fertilisé et aménagé.

 

C’est au milieu du 18e siècle que le terroir du Ferrier sur 180 hectares connut son maximum de prospérité avec plus de 54 hectares de terres cultivées. 29 bastidons,11 courtils furent édifiés, 16 aires de battage aménagées et 15 puits-citernes creusés. Les débris de poteries examinés sur le terrain par un expert s’échelonnent du 17e au 19e siècle.

 

 

Un Rapport de 1655,  f° 138, décrit ainsi le territoire du Ferrier :

 

Y a grande quantité de labourages, quelques puits et plusieurs routtes (terres novales) la plus grande part desquelles sont à présent semées et y a seullement ung bastiment, aian la montagne de ferriers et au pied d'icelle s'ouvre une source d'heau et au vallon de cubert y a une fontaine. Ledit sappiteur (expert) en demeure d'accord que y a toujours d'eau et ne tarisse jamais, on ne peut abreuver qu'une beste à la fois. Pour les dites sources n'estre accomodées (aménagées) ny les heaux recueillies ni conduites ainsy que seroit necessaire.

 

Neanmoins lesdites montagnes et cartiers fort froids et particulièrement ceux de ferriers ny pouvant le bestail et average (troupeau de moutons) depètre que au temps de la prime esté et automne à cause de ladite froideur et des nèges qui y tombent et demeurent beaucoup sauf sur l'adrech qui ny demeure pas sy long temps