Daniel Thiery

Bauduen

 

 

BAUDUEN (Var)

 

Les quatre abbayes et monastères disparus

 

 

Bauduen faisait partie avant la Révolution de la viguerie de Moustiers et du diocèse de Riez. Son histoire religieuse est relativement documentée pour ce qui concerne Sorps, pauvre pour celle de Saint-André d’Orbellis. La première donation à un monastère date du 1er janvier 1097 où Isnardus Barriera et sa femme Belletrudis donnent à l’abbé Richard, vénérable abbé du monastère de Saint-Victor, un moulin in Sorbio fluvio ainsi qu’un paroir à draps et tout ce qu’ils possèdent dans le territoire de Sainte-Croix. Dans le même temps leur fils Lambertus se fait moine [1]. Nous allons d’abord reconnaître l’intérêt de la source vauclusienne de Sorps.

 

 

Abbaye et monastère de Sorps

 

La commune possède un passé religieux aujourd’hui englouti sous les eaux du lac de Sainte-Croix, Sorps appelé Fontaine l’Evêque. Pour en retracer l’histoire, il faut consulter plusieurs écrits, quelquefois contradictoires. Voici les auteurs les plus représentatifs ayant servi pour cette enquête [2] : 

 

1636. Bartel

1664. Bouche

1788. Achard

1868. Fisquet

1879. Féraud

1884. 1888. Roman

1895. 1899. Albanès

1907. De Bresc

1923. Prou et Clouzot

 

 Fondation 1255 – Suppression 1437

 

Tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître par Fouque de Caille, évêque de Riez, la fondation d’une abbaye de religieuses et d’un monastère de religieux dans le territoire de Bauduen. C’était en l’année 1255, le 12 octobre précise l’abbé Féraud. La motivation de l’évêque était qu’il n’existait aucune abbaye ni monastère dans son diocèse.

 

L’abbaye, sous le titre de Sainte-Catherine, était destinée à cent religieuses suivant la règle de saint Augustin. Elle fut construite près de la fontaine de Sorps. Le monastère (prévôté pour Féraud), sous le titre de saint Maxime, composé de sept chanoines suivant la règle de saint Augustin, était dirigé par un prévôt. Il était situé « près du monastère », « dans le voisinage » et était destiné à assurer le service religieux de l’abbaye Sainte-Catherine. C’est dans celle-ci que sainte Delphine de Signe fut élevée avant de devenir l’épouse de saint Elzéar de Sabran (Beaunier. Féraud).

 

A côté du monastère des chanoines Fouque fit ériger une maison hospitalière pour les pauvres desservie par des frères convers sous la surveillance du prévôt.

 

Fouque rédigea les statuts particuliers des deux communautés. Il donna en même temps tous les droits qu’il possédait sur le domaine de Sorps, y compris les moulins à farine et à foulon. Sur ses plans les maçons et architectes élevèrent dans cette vallée de vastes constructions qui coûtèrent plus de trente mille livres tournois, somme très considérable pour l’époque (Fisquet).

 

Le 10 juillet 1257, Charles Ier d’Anjou comte de Provence et sa femme Béatrix, dans leur palais de Brignoles, firent don au monastère des « pensions de deniers », « censes royales » sur les lieux de Montagnac, Sainte-Croix, Montpezat et Saint-Laurent (Bouche, Féraud qui donnent la date du 6 juillet) [3]. Puis en septembre 1258, Fouque confirme le don fait par le prieur d’Arégrand, de deux églises alors abandonnées de Bedouen [4]. La donation fut ratifiée par Othon évêque de Gap en décembre 1258. Nous en parlerons par la suite.

 

Les deux fondations n’auront que peu de temps à vivre. En 1433 selon Féraud, vers 1440 selon Bouche :

 

ces deux maisons religieuses, tant pour les hommes que pour les filles, fondées et établies au lieu de Sorp, pour être en campagne, n’ont guère subsisté et se trouve qu’environ deux cent ans vers l’an 1440, n’y ayant que quatre religieuses au lieu de cent établies par la fondation, y vivant même sans observance régulière, et non sans soupçon de leur honneur, un certain Louis de Ponteves Chanoine Régulier en l’Eglise Cathédrale de Senez, s’adressa au Saint Père Eugène IV et le supplia de vouloir permettre la translation de ces quatre Religieuses en quelque Monastère Réformé du même Ordre de Saint Augustin, et de vouloir réduire leur Monastère de Sorp en un bénéfice simple sans charge d’âmes, pour y établir des Chanoines Réguliers du même ordre, mais avec le temps par le malheur des guerres, l’abandon du même Monastère, ayant été encore plus grand et plus universel, les Evêques de Riez l’ont uni à leur Mense Episcopale, avec tous ses revenus.

 

M. de Bresc, en 1907, rappelle que c’était à Sorps que passait la voie romaine Fréjus-Riez par Ampus, Vérignon et Majastre et qu’on y voyait encore les culées imposantes de l’ancien pont romain. Il précise que le monastère était construit sur un petit mamelon et l’abbaye des chanoines dans l’île formée par deux grands canaux. La Carte Archéologique de la Gaule (CAG) confirme l’existence de ce pont ainsi que la découverte de sépultures, d’un coffre à incinération et d’une cuve de sarcophage. Elle émet la possibilité que la source de Sorps, vu son importance, ait pu être liée à un lieu de culte paien [5].

 

fontaine lvque 1 Pont Fontaine lvque 2
 

Photo de gauche. La source de Sorps était aussi importante que celle de la Fontaine de Vaucluse et attirait de nombreux visiteurs jusqu’en 1973 où elle fut engloutie dans les eaux du lac de Sainte-Croix.

Photo de gauche : un des deux ponts sur une des branches de la source.

Photos tirées du site lessallessurverdon.com/LSenv.html

 

Le pape Eugène IV supprima le monastère de Sainte-Catherine par sa bulle du 17 avril 1437 et les chanoines se fixèrent à Saint-Juers (Alpes de Haute-Provence). Le chanoine Albanès apporte d’autres renseignements et varie sur la datation : sous l’épiscopat de Michel de Bouliers I (1416-1441) son grand vicaire Julien Baudon, le 10 juillet 1437, adjugea à la prieure de Sorp et à ses religieuses la moitié des dîmes de Régusse et le quart de celles de Moissac. Hélas ! depuis deux ans, la pauvre abbaye de Sainte-Catherine avait pris fin ; une bulle d’Eugène IV, du 4 octobre 1435, avait délégué le prévôt de Senez pour éteindre à Sorp la dignité abbatiale et on n’attendait plus que la disparition des religieuses [6].

 

La prévôté fut supprimée définitivement en 1499 (Féraud). Le malheur des temps dont parle Bouche est cette grande peste noire qui fit périr en Provence jusqu’à 60% de la population. Il faut y ajouter les guerres intestines et les incursions des routiers avec le célèbre Raymond de Turenne qui pendant dix ans pille et dévaste une partie de la Provence. Le silence tombe alors sur les monastères abandonnés. L’évêque de Riez a repris les revenus du domaine qu’il avait cédé aux religieux. Il ne subsistait plus que l’hôpital fondé par Fouque et qui servait aux voyageurs, aux indigents et aux malades, l’hospitalarius de Bondonio signalé en 1274 [7].

  

 

Fontaine l’Evêque 1636

  

Le domaine de Sorps va renaître grâce, de nouveau, à l’initiative d’un évêque de Riez, Louis Doni d’Attichy. Ce sera à peine 200 ans plus tard, en 1636. Pour en connaître le détail nous reproduisons l’inscription composée par Bartel qui devait être gravée sur le marbre et placée sur la façade du principal édifice [8] :

 

« Louis Doni d’Attichy, de l’Ordre des Minimes, évêque et seigneur de Riez, dans ce lieu de son domaine épiscopal, et dans l’île où jadis une communauté de Chanoines réguliers de Saint-Augustin avait été instituée, par la piété de Foulque d’heureuse mémoire, aussi évêque de Riez et son prédécesseur, et qui maintenant est ruinée de fond en comble par l’injure du temps, de sorte que, depuis cent ans et plus, on n’y voit que broussailles et buissons ; a érigé, au milieu de ces ruines et dans un site magnifique, une maison de plaisance, très-propre à la retraire et au repos de l’esprit, pour servir à l’utilité, à l’agrément et au séjour à la campagne de ses successeurs, et qu’il a voulu être appelée Fontaine-l’Evêque : il a édifié deux ponts en pierre et planté des arbres sur l’avenue de la maison ; il a ramené dans son ancien lit la source de Sorps, et a emprisonné son parcours désordonné, il a tracé des jardins et distribué les eaux de tous côtés, pour l’arrosage des plantes et des prés, par le moyen de canaux, les uns de plomb, les autres de pierre ou de brique ; il a nettoyé le bassin qui entoure la maison, l’a restauré et y a aménagé une ouverture pour y laisser s’introduire des truites exquises qui ne peuvent plus en sortir ; il a desséché les marais et fait couler les eaux stagnantes pour purifier l’air ; il a enfin construit, à grands frais et entièrement terminé, une habitation commode pour lui et ses successeurs ; l’an de son âge, le 38e ; de son épiscopat , le 8e ; et de N.S., 1636e ».

 

De Bresc décrit la grande maison de plaisance qui fut construite avec les pierres de la maison des chanoines et celles, plus importantes encore, du monastère Sainte-Catherine et ornée avec beaucoup de luxe. Il fit apporter et placer dans des niches douze statues de dieux romains prélevées au fameux panthéon de Riez [9]. Fisquet ajoute qu’il fit élever sur l’emplacement de l’église des chanoines une chapelle sous le titre de saint Maxime de Riez et sur la colline qui domine la source une église dédiée à sainte Catherine.

 

Eglise Sorp

 

Plan d’une église en ruine située au sud de la Fontaine. AD Var, cadastre 1831, section A 4, parcelle 1300 de 180 m².

La parcelle 1301 pourrait constituer le cimetière des religieuses.

 

  

Le domaine de Sorps ou de Fontaine l’Evêque

  

Mgr d’Attichy, qui voulait réformer les mœurs des membres du clergé et reprendre en totalité la seigneurie de Riez, se heurte à de fortes oppositions et est même menacé de mort. Pour le protéger il est nommé en 1652 par Louis XIV évêque d’Autun. Le cadastre de 1657 dénombre au quartier de Sorps : un pré et un moulin à papier à M. de Saint-Benoît ; étable, écurie, jardin, cazal, etc. à M. de Corriolis ; le canal du moulin à blé, un moulin à papier, un bâtiment, etc. à l’évêque de Riez ; un paroir à draps à Rollin Ardisson [10]. Selon quelques auteurs ses successeurs délaissèrent le domaine de Sorps d’autant qu’il nécessitait de grandes dépenses d’entretien. Une crue extraordinaire du Verdon détruisit les digues et abattit la résidence épiscopale. Il ne restait plus que quelques pans de murs, le portail menant aux jardins et les deux ponts qui permettaient d’entrer dans l’île. Mais les moulins continuaient cependant de tourner.

 

Le domaine de Sorps va passer ensuite en de nouvelles mains, celle de la famille de Gassier. Elle est originaire de la vallée de Barcelonnette et s’installe à Flassans (Var) au milieu du XVIIe siècle. Elle fournit plusieurs officiers à l’armée royale de Louis XIV et deux d’entre eux furent chevaliers de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Leurs principales résidences ont été : le château de Bauduen, Aups, Rians et Paris.

 

Le propriétaire en 1831 est François, Louis, Pierre, Marie de Gassier, résidant à Aups. Il est né à Aix le 26 janvier 1786 et épouse à Rians le 7 octobre 1807 Marie-Madeleine Thérèse Brun de Barlemont (1783-1840). Lieutenant de louveterie dans le Var, il décède à Aups le 9 mai 1860. C’est le 2 février 1823 que la famille hérite de Denans les « domaines de Bauduen » pour la somme, de 166.415 francs, somme très importante pour l’époque, 366.113 euros [11].

 

On connaît le détail de ses propriétés à Bauduen grâce au cadastre napoléonien de 1831-1832 (Plan et matrice). A Sorps, il possède en totalité le quartier de Sorps, soit 35 hectares dont, à l’emplacement de l’ancienne abbaye, trois moulins à farine, une ancienne papeterie, trois maisons, quatre masures et une loge à cochons. Le reste du quartier est composé de labours, près, pâtures, essarts et bois de chênes verts. Il possédait d’autres propriétés au quartier de l’Hubac et surtout dans le village le quartier du château, avec le château à deux niveaux de 440 m², un jardin de 330 m², un pigeonnier de 20 m², une cour de 200 m², un bassin de 74 m² et une église de 45 m².

 

Domaine de Sorps. Section A 4. Cadastre de 1831. AD Var.

 

Sorps Cadastre

 

Parcelle 1254 : ancienne papeterie

Parcelle 1261. 1262. 1263 : moulins à farine

Parcelle 1265 : source et canaux

Les 2 ponts sur les branches de la Sorps.

 

 

Les monastères de Saint-Barthélemy et de Saint-André d'Orbellis

  

C’est grâce à la fondation de 1255 que nous connaissons l’existence à Bauduen avant cette date de deux monastères, qualifiés d’anciens par Féraud. Il s’agit d’un monastère d’hommes à Saint-Barthélemy et un autre de religieuses à Saint-André d’Orbellis. Lors de la fondation de Sorps ils sont désertés et comme abandonnés comme nous l’apprend Bouche. Bartel nous fait connaître la dernière abbesse de Saint-André de Orbellis dont dame Ricarda fut prieure en l’an du seigneur 1241. Tous les auteurs reconnaissent que ces deux monastères ont été donnés en 1258 à Mabille abbesse du nouveau monastère de Sorps par le prieur d’Arégrand du diocèse de Gap, sous l’influence de l’évêque Othon. L’évêque de Riez Fouque confirme la donation le 6 septembre 1258 et Othon le 7 décembre de la même année (Féraud). En même temps que les deux monastères abandonnés, Sainte-Catherine reçoit également les biens qui leur étaient attachés.

 

Le prieuré de Lagrand (Hautes-Alpes)

 

Agraciani en 739 dans le testament d’Abbon (p. 38)

Sancta Maria Grandis en 1177 [12]

Aregrandis, Araegrandis, Are Grandis, Aragrandis, Grandis, Arégrand pour aboutir à Lagrand en 1516.

 

Lagrand est à l’origine un prieuré de l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem [13]. Cet ordre, fondé au Xe siècle, précurseur des ordres du Temple et des Hospitaliers, avait érigé un monastère de religieux situé au mont des Oliviers ainsi qu’un couvent de femmes au Saint-Sépulcre. Il possédait de nombreux prieurés dont celui d’Aquapendente en Italie offert en 993. Lagrand en dépendait, on ne sait depuis quelle date, cité cependant comme tel en 1048. Lagrand fut l’un des prieurés le plus considérable du diocèse de Gap avec de nombreuses possessions dans toute la Provence dont les deux monastères situés à Bedouen. Un des prieurs, Jean de Châteauvieux, qui fréquentait la cour papale d’Avignon, obtint du pape Urbain V que son prieuré fut rattaché à l’ordre de Cluny. C’était le 6 décembre 1365. Le claustrum Beatae Mariae Aregrandis était occupé par douze moines y compris le prieur [14].

 

La fondation à Bauduen

 

On ignore tout de l’origine et de la fondation à Bauduen. Pour le chanoine Bermond il est probable que ce fut vers la fin du XIe siècle. Il est également probable que les deux monastères furent créés sur le même modèle que ceux du Saint-Sépulcre avec une maison de moines et une de religieuses. C’est la seule information qui nous est donnée lors de la donation de Sorps. On remarque également que les deux fondations sont situées aux abords de l’ancienne voie romaine Fréjus-Riez et que cette voie, au Moyen Age, était encore la seule à mettre en communication les deux cités.

 

Saint-André d’Orbellis

 

Le toponyme Orbellis n’apparaît qu’avec les auteurs que nous avons cités au cours de cette étude, Bouche, Bartel, Féraud, la Carte Archéologique. On ne le trouve ni sur Cassini, ni sur le cadastre napoléonien, ni sur les cartes modernes. Les cadastres détaillant les lieux-dits de Bauduen depuis le XVIe siècle nomment seulement Saint-André sans qualificatif. Il semble que c’est l’évêque de Riez qui récupère le domaine de Saint-André ou Andrieux après son abandon par le Saint-Sépulcre au milieu du XIIIe siècle. Il est en effet seigneur majeur pour les trois quart de Bauduen et possède une bastide et une terre à Saint-André [15].

 

Le plan cadastral napoléonien de 1831 dessine le plan d’une église avec une abside en hémicycle en section D 3, parcelle 794 qui contient une bergerie, une cour et une bastide totalisant 680 m². L’ensemble à cette date appartient à Bausset Joseph Alexandre, notaire à Saint-Julien.

 
Saint-Andr Mantio Saint-Andr

AD Var. Bauduen, section D 3. A gauche : Orbellis. A droite : la mutatio (?)

 

A quelques 300 mètres au NE de ces bâtiments, se trouve un autre groupe d’édifices remarquables par leur ampleur et disposition. Placé aux abords de l’ancienne voie romaine reliant Fréjus à Riez, il pourrait être une mutatio placée à quelques 14 kilomètres de celle de Ville Haute à Ampus. On y trouve en effet une grande habitation de 700 m² avec cour intérieure, puits, écurie et loge à cochons. Nous avons mis en évidence la possibilité d’une mutatio à Ampus, située elle aussi au bord de la voie romaine où se trouvait également une borne milliaire [16]. La distance moyenne entre les mutationes variait entre 14 et 15 kilomètres.

 

A Saint-André une borne milliaire, aujourd’hui disparue, est datée de 145 ap. J.C. S’y trouvait également une inscription funéraire [17]. Sur la borne, lisons la relation d’Honoré Bouche : une autre pierre murale qu’on voit encore à une église rurale dite Saint André de Orbellis au territoire de Beaudun, diocèse de Riez, dont aucun écrivain n’a encore fait mention, d’autant que la face écrite de la colonne était cachée sous terre et n’a été tournée avec beaucoup de peine et de travail, que depuis quatre à cinq ans, à ma réquisition. Il relate qu’une troisième pierre est à la bastide de l’ancien monastère de Religieuses de Saint-André de Orbellis, distant environ une lieue du village, et en son terroir, sur une pierre que les habitants de cette bastide ont converti en évier, pour supporter les seaux à eau, comme j’y ai vu [18]. Il s’agit de l’inscription funéraire suivante : Julius Crispinus (a élevé ce monument) de son vivant pour lui-même, pour Paterna, qui lui était si tendrement dévouée, pour Caius Julius Secundinus, son père, et pour Prisca, son épouse. Elle est ensevelie ici. Ce monument ne suivra pas l’héritier.

 

Les deux textes de Bouche attestent l’existence d’une église rurale à Saint-André de Orbellis et que la bastide constituait l’ancien monastère de religieuses. Il écrivait en 1664. Sur les cartes IGN actuelles il faut placer Orbellis à Saint-Andrieux-le-Haut et la mutatio à Saint-Andrieux-le-Bas. Il faut remarquer la pérennité de l’occupation humaine sur le site de Saint-André, depuis Rome, revitalisé par un monastère au XIIe siècle, puis par une église rurale et une grande bastide par la suite.

 

Monastère Saint-Barthélemy

 

Il est le pendant pour les hommes de celui d’Orbellis pour les religieuses. La documentation est encore plus succincte. Il subsiste le lieu-dit Saint-Barthélemy au sud du village, situé lui aussi près de l’ancienne voie romaine. Quand est fondé Sorps, il est alors abandonné et lui est réuni. Après la désertion des religieuses, il revient à l’évêque de Riez. Celui-ci fait érection en 1662 en arrière-fief d’une partie des biens de Saint-Barthélemy en faveur de Mathieu Bec, procureur au Parlement. La communauté de Bédouen approuve la transaction passée avec Mathieu Bec touchant l’affranchissement de Saint-Barthélemy, sous la réserve de l’usage des fontaines de l’abreuvoir en faveur des habitants, pour  leurs bestiaux, sans que ledit Me de Bec puisse fermer le parc de sa bastide.[19].

 

En 1697, la communauté délibère de se pourvoir contre Noble Brouillonny s’il ne laisse pas libre l’entrée du « parc » de Saint-Barthélemy, pour que les habitants aient l’usage des eaux de la fontaine qui s’y trouve, laquelle est publique. Il y aura par la suite plusieurs délibérations en ce sens. Si la bastide et le domaine sont bien entretenus, il n’en est pas de même de la chapelle Saint-Barthélemy. En 1782 il y a délibération de faire vendre les matériaux de la chapelle de Saint-Barthélemy qui tombe en ruine. 

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Ces quelques lignes ont tenté de faire revivre le passé religieux de Bauduen. Si Sorps est relativement connu, il n’en est pas de même pour les monastères de Saint-André d’Orbellis et de Saint-Barthélemy qui n’ont guère attiré l’attention. C’était une lacune que nous avons comblée mais qui mériterait de plus amples développements.

 

 

Bibliographie

 

ACHARD, Cl.-Fr., Description historique, géographique et topographique des Villes, Bourgs, Villages et Hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la Principauté d’Orange, du Comté de Nice … Aix, 1787-1788. 2 volumes, le 3e, manuscrit, est consultable sur Internet. 

ALBANES abbé J.H., CHEVALIER U., Gallia christiana novissima. Histoire des archevêchés, évêchés et abbayes de France, I. Province d’Aix, Montbéliard, 1899.

BARTEL S., Historia et chronologica praesulum sanctae Regiensi ecclesiae nomenclatura, Aix, 1636.

BEAUNIER et BESSE, Abbayes et prieurés de l’ancienne France. Tome 2, Paris, 1909.

BERMOND J. chanoine, « Monographie de Lagrand », Bul. Soc. d’Etudes des Hautes-Alpes, 1925

BOUCHE H. Chorographie ou description de la Provence, Aix, 1664.

BRUN J.-P., Carte Archéologique de la Gaule, le Var, 83/1

FERAUD J.J.M., Souvenirs religieux des Eglises de la Haute Provence, Digne, 1879.

FISQUET, H., La France pontificale (Gallia christiana), diocèses de Digne et de Gap (3 volumes), Paris, ca 186

GUERARD M. Cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor, Paris, 1857, 2 vol.

GUILLAUME P. abbé, « relations entre le Saint-Sépulcre de Jérusalem et les Alpes avant la première croisade », Bul. Soc. d’Etudes des Hautes-Alpes, 1885.

GUILLAUME P. abbé, « Pouillés ou état général des bénéfices réguliers et séculiers du diocèse de Gap avant 1789 », Bul. Soc. d’Etudes des Hautes-Alpes, 1891.

MARRIER M. Bibliotheca Cluniacensis, 1915.

M. de BRESC, « Notes historiques sur Fontaine-l’Evêque ou Sorps », Cong. Soc. Sav. Provence et Marseille, 1907.

PROU M., CLOUZOT E., Pouillés des provinces d’Aix, Arles et Embrun, Paris, 1923.

ROMAN M.-J., Dictionnaire topographique du département des Hautes-Alpes, Paris, 1884

 

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NOTES

 

[1]GUERARD, Cartulaire de Saint-Victor, II, n° 1092, p. 566, 1er janvier 1097. On a attribué à tort le texte du même cartulaire, tome I, p. 267, qui cite un castrum Baldoinum. En fait il s’agit d’un lieu-dit, comme le relate le texte, situé à Gontard, dans la commune actuelle de la Roque d’Antheron. Guérard, dans son index géographique avoue ne pas savoir où il se trouve.

[2] Cf. Bibliographie en fin d’étude.

[3] Les archives communales de Bedouen possèdent une copie de la traduction de cet acte du 10 juillet (AD Var, Inventaires du XIXeme des archives communales (Internet , vue 151 qui en donne seulement le titre).

[4] Pour Bartel et Féraud le prieur d’Arégand se nomme Hugues de Bedoin. Pour Bouche il s’appelle Henri.

[5] BRUN J.-P., Carte Archéologique de la Gaule, le Var, 83/1, p. 248.

[6] ALBANES, Gallia christiana novissima, I, Riez, col. 616.

[7]PROU M., CLOUZOT E., Pouillés des provinces d’Aix, Arles et Embrun, Paris, 1923, p. 106.

[8] Cette inscription en latin est traduite par Fisquet, La France Pontificale, Digne 1e partie, diocèses de Digne et Riez, p. 424. De Bresc indique que la plaque en marbre blanc était fixée dans le vestibule de l’habitation. Sa traduction diffère légèrement de celle de Fisquet.

[9] Le monument dit le Panthéon à Riez était, selon les anciens auteurs, à l’emplacement du baptistère, mais il semble qu’il faille le placer ailleurs, à l’est (CAG Alpes de Haute-Provence, p. 378-383 qui ne signale pas les 12 statues). Pourtant Bartel est explicite sur ce fait : il observe douze Dieux majeurs selon la croyance des païens, ad duodecim majorum Deorum (ut credebat gentillas) idola capienda visuntur (p. 33).

[10] AD Var, Inventaires du XIXeme des archives communales, Bauduen (Internet, vue 131).

[11] AD Var, Table Vendeurs 1822-1824, 3 Q Art. 108 (vue 25), notaire Pellerin du 9 juin 1823.

[12] Cité par Roman M.-J., Dictionnaire topographique du département des Hautes-Alpes, Paris, 1884, p. 83.

[13] Nous tirons la majeurs partie des renseignements de la « Monographie de Lagrand » du chanoine J. Bermond parue dans le Bulletin de la Société d’Etudes des Hautes-Alpes, 1925, p. 253-306, et particulièrement du chapitre « Etat ecclésiastique », p. 275-282. Egalement de Paul Guillaume, « relations entre le Saint-Sépulcre de Jérusalem et les Alpes avant la première croisade », Bulletin de la Société d’Etudes des Hautes-Alpes, 1885, p. 104-113. Voir aussi de Paul Guillaume, « Pouillés ou état général des bénéfices réguliers et séculiers du diocèse de Gap avant 1789 », Bul. S. Et. des H.A., 1891, p. 140.

[14]Bibliotheca Cluniacensis, col. 1729 E : Prioratus Aregrandis, Vapincensis diocesis, ubi non est certus numerus Monachorum, sed secundum relationem aliquorum, ubi debent esse ibi, Priore computato, duodecim Monachi.

[15]Gallia Christiana Novissima I, Riez, col. 412. 4 octobre 1466 : Episcopatus Regensis, in castro Baudonio est dominus pro duabus partibus et major dominus certe partis alterius partis.

[16] THIERY Daniel, « Ampus, des Romains au Moyen Age ».

[17] Carte Archéologique de la Gaule, Le Var 1, p. 250.

[18] BOUCHE H., I, p. 231 et 129-130.

[19] AD Var Inventaires du XIXeme des archives communales, Bauduen (Internet, vues 63-64). L’anoblissement du domaine soulève des protestations de la part de noble de Pontevès, seigneur en partie de Bauduen.