Daniel Thiery

Ampus

 

A M P U S (Var)

 

Des Romains au Moyen-Age

 

 

La commune faisait partie avant la Révolution de la viguerie de Draguignan, mais était soumise à deux évêchés. La partie nord, constituée par une portion du Plateau de Canjuers, dépendait du diocèse de Riez, la partie sud relevait du diocèse de Fréjus. De plus, on trouvait jusqu’à la fin du Moyen Age quatre communautés représentées par les castra de Lagnes, Reynier, Spéluque et Ampus. Les centres religieux étaient encore plus nombreux avec les églises d’Ampus, de Reynier, de Lagnes, de Saint-Victor et les prieurés de Spéluque, de Saint-Michel et de Sainte-Marie. Outre les évêques de Riez et de Fréjus, les abbayes de Saint-Victor et de Lérins, ainsi que les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem possédaient des biens fonds tout en assurant le service religieux des habitants.

 

On ne peut retracer l’histoire d’Ampus sans évoquer d’abord son passé antique. Il est résumé par la Carte Archéologique de La Gaule (CAG) [1].

 

 

Age du Fer

 

La période protohistorique ou Age du Fer se manifeste par des enceintes fortifiées de hauteur à Serrière de Lagnes, Dessus-de-la-Ville, les Clapouires, Collefrat et avec un tumulus à La Grange. Quelques fragments de remparts subsistent encore, mais dégradés, permettant cependant de bien cerner les murailles qui sont parfois doubles. Le matériel, rare, est représenté par des fragments de meules en rhyolite, signes de la culture des céréales.

 

 

Rome

 

Voie romaine de Fréjus à Riez. La petite aurélienne

 

Il s’agit d’une voie faisant communiquer les cités romaines de Fréjus et de Riez. Passant par Draguignan avec une station à Antea, mutatio Antae, mentionnée par la Table de Peutinger, elle continuait par Les Salles, St-Michel, la Granegone avec un pont sur la Nartuby, puis sur la commune d’Ampus à Reynier par l’Hubac des Sigues, la Grange Rimade (milliaire et pont ?), au sud de Sainte-Anne, Olves, Ville Haute, pour atteindre Vérignon puis le Verdon.

 

Après ces données fournies par la CAG, nous nous permettons d’apporter quelques indices supplémentaires. Le plan cadastral napoléonien d’Ampus de 1831-1832 signale cette voie romaine sous le nom de ancienne voie aurélienne et la dessine sur une grande partie de la commune. Il en est de même pour la carte de l’état major de 1820-1866 qui reprend le même tracé. En fait il s’agit d’une branche de la voie aurélienne qui se détachait de la voie principale au Muy en direction du nord, cette branche n’ayant pas de nom spécifique. Mais il est possible que son nom ait perduré jusqu’à la fin du Moyen Age. En effet nous découvrons à la fin du XIe siècle le toponyme aureaiculum qui pourrait représenter « la petite (voie) aurélienne », mot formé d’Aurelius et du diminutif -cule.

 

En suivant le plan cadastral, à partir de la limite communale avec Draguignan, la voie (trait noir sur la carte IGN) passe entre les Prés d’Aups et le Figueiret Oriental, puis à la Sigue, ensuite entre la Font du Pommier et Collefrat. A ce point, le sentier devient une route étroite et longe la D 49 sur sa gauche, passe à la Colle pour arriver à un carrefour. La voie quitte le chemin menant à Ste-Anne pour reprendre un sentier conduisant au sud de la Grange Rimade. Elle poursuit par un chemin passant par Petit Puits et Olves, puis Ravel. De nouveau c’est un sentier qui mène au Logis. Une partie du chemin a disparu mais on parvient à Ville Haute. Le sentier prend la direction du NO jusqu’à la source de Fontigon. Il disparaît alors mais le cadastre indique que la voie traverse le Vallon de Valuègue qu’elle longe ensuite par le nord pour aboutir à la limite communale avec Vérignon.

 

Le Logis du Plan d’Ampus, ainsi nommé par le cadastre, était placé sur la voie aurélienne qui constituait alors la seule voie pour gagner les rives du Verdon avant la création de la D 49. Ce terme était utilisé sous l’Ancien Régime pour désigner une grande auberge à la fois lieu de restauration, de repos et de relais de chevaux (relais de poste). Elle peut faire suite à une mutatio romaine qui fournissait les mêmes services. Cette hypothèse est confortée par la découverte à cet endroit d’un habitat rural de l’époque romaine ayant livré des monnaies et des poteries (CAG, p. 208 10*). Déjà en 1857, l’abbé Doze remarquait que l’on se trouve en face d’un grand édifice auquel la tradition du lieu a conservé le nom de Logis. C’était sans doute une auberge romaine comme d’ailleurs semble l’indiquer sa division intérieure, qu’on devine facilement malgré son état de ruine [2].

 

Ce Logis du Plan, selon l’état des sections de 1831, comprenait une maison à deux niveaux de 230 m² chacun, de quoi recevoir de nombreux voyageurs. Y étaient adjoints un four à pain de 30 m², une fontaine, un réservoir de 78 m², une écurie et une cour de 480 m². Groupées contre le Logis se trouvaient 7 autres maisons à deux niveaux beaucoup moins grandes, entre 22 et 57 m². Le Logis et ses dépendances étaient alors la propriété de Joseph Bayol de Lorgues, les autres à la famille Troin [3]. Une chapelle dédiée à saint Victor, ruinée à cette date, assurait auparavant le service religieux. On en reparlera plus loin.

 

Logis du Plan

Le Logis du Plan d’Ampus,

 Archives départementales du Var, section K4, cadastre 1831.

 

Un pont romain est signalé par les anciens auteurs. Ainsi l’abbé Doze, dans sa description de la voie, remarque qu’en laissant Empurias à droite, le chemin longe la base de la montagne du Puits, franchit un ravin sur un pont ruiné, mais dont les piles encore debout offrent une maçonnerie semblable à celle de l’aqueduc de Fréjus et arrive bientôt devant une vaste construction de forme rectangulaire, appelée de nos jours la Grange Rimée et que je croirais volontiers avoir été une caserne ou poste militaire. Henri Segond en 1893 décrit un ravin à 300 mètres au midi de Grange Rimade, sur les bords escarpés de ce vallon se voient les culées d’un ancien pont. On appelle dans le pays chemin romain la route en mauvais état qui, passant à ce point, longeait le ravin ….. sous le nom de voie aurélienne [4]. La CAG en 1999 reconnaît qu’il n’y a plus trace de ce pont. Il était en effet détruit depuis très longtemps. Lors de la donation de la Villa Alta à Saint-Victor en mars 1058, le domaine est délimité par plusieurs lieux-dits dont une des limites descend par le vallon et parvient par la via publica …. au Pontem Fractum [5]. On rencontre souvent ces Pont Fract pour désigner un pont détruit, rompu, du latin pons fractus et qui font référence pour la plupart à des anciens ponts romains. On a de surcroît la relation entre une voie publique, on dirait aujourd’hui une route nationale, et un pont.

 

Des bornes milliaires ont été également reconnues jalonnant le parcours. En principe elles sont disposées tous les milles romains, soit environ tout les 1482 mètres. On en connaît deux sûrement. La première, disparue, était sans doute aux abords du pont et était dédicacée à l’empereur Tibère signalant une réfection de la route. La deuxième a été déplacée du quartier de Mercadier à Notre-Dame de Spéluque ; elle est datée de l’empereur Auguste. L’abbé Doze en signale une autre près de Ville Haute qui aurait été brûlée dans un four à chaux au début du XIXe siècle.

 

Habitats et sépultures

 

Ampus. Le nom asuscité des interprétations diverses. C’est d’abord Achard relatant que dans les anciens titres la Paroisse d’Ampus est nommée Castrum de Empus. L’on trouve dans la plupart des livres sur la Provence le nom de ce Village écrit Empus en françois. Cependant l’usage a prévalu d’écrire Ampus et nous avons cru devoir suivre cette nouvelle octographe. Il seroit difficile de découvrir l’étymologie de ce Village à moins qu’on ne la fit dériver du latin emptus mais il faudroit avoir des titres qui prouvâssent un achat dans les premiers tems ce qui nous manque [6]. Après peut-être emptus, Garcin propose une première interprétation, puis se ravisant opte pour une autre : plusieurs historiens prétendent que le nom de ce village dérive du latin amputare, et donnent pour raison, que les Romains avaient établi en ce lieu un hôpital pour y soigner les malades blessés. C’est ainsi que nous l’avons assuré dans la première édition de cet ouvrage. Mais ayant de nouveau exploré le territoire et consulté les anciennes écritures, nous sommes fondés à croire que l’étymologie doit être tirée de la prononciation provençale, et que le mot Empus doit dériver d’Emporium ou Empuriroe, qui signifie foire, marché public [7]. Charles Rostaing doute sur l’origine grecque estimant que les grecs n’ont pas établis de comptoirs à l’intérieur des terres et il suggère une racine pré-indo-européenne [8]. Mais il oublie que si le mot emporium est grec il est employé sous la même forme par les Latins pour désigner un comptoir, un marché. La CAG penche également pour cette dernière interprétation. On peut donc raisonnablement penser que le vocable Ampus soit dérivé de ce mot et qu’il fait référence à un marché public.

 

Outre le village d’Ampus, des habitats ruraux ont été détectés à Lentier, La Grange, Aby et au Logis du Plan, un atelier de potier à Saint-Michel et des tombes à La Grange, Aby, Ratton et Lentier. Ils sont décrits par la CAG.

 

 

Le Moyen Age

 

Moines et chevaliers

 

C’est à partir de la fin du Xe siècle que s’ouvre une très riche documentation mettant en lumière la multiplicité des acteurs et des événements. Elle est l’œuvre de deux pouvoirs, civil et religieux, qui parfois se déchirent et plus souvent s’accordent. Moines et chevaliers vont non seulement laisser un patrimoine culturel avec églises et châteaux, mais également façonner une identité communautaire.

 

Lagnes et Auveine à Canjuers

 

Le territoire nord de la commune est constitué de hauts plateaux entre 850 et 1000 mètres d’altitude à qui on a attribué le nom de Canjuers. Ce sont des zones arides, pierreuses et à la végétation arbustive. Elles offrent cependant en leur centre une dépression appelée Plan et auparavant Vallée. C’est là que sont situés Lagnes et Auveine. Pour leur signification nous recourons à J.-P. Poly. Lagnes : Vallis Lagnensis, la vallée « aux écorcheries » et Auveine : Vallis Ovatina, la vallée « des parcs à brebis ». Le nom de Lagnes, « les écorcheries » indique peut-être un commerce de peaux de mouton, supposant celui de la viande salée [9]. Il y a discordance dans l’origine du mot Canjuers. La plus courante est celle provenant de campus Julii, le camp de Jules, faisant référence au passage de César et au campement de son armée. Pour J.-P. Poly, c’est le camp des Juifs, *Campi Judeorum.

 

L’abbaye de Saint-Victor

 

A l’origine, sous l’Empire romain, ces plateaux sont des terres publiques et devaient servir à l’estive des troupeaux des riches citadins de Marseille et d’Arles. Puis elles auraient été affermées par le fisc à une communauté juive de Marseille ou d’Arles au VIIe ou au VIIIe siècle, d’où le nom de Canjuers [10].

 

Au début du IXe siècle l’abbaye de Saint-Victor est solidement implantée dans les terres de Rougon, de Comps et de Trigance et devait intervenir également dans la gestion des plateaux de Canjuers. Un fragment de polyptique de l’année 870 concernant les domaines de Saint-Victor le suggère. N’a été conservé que son titre, description des tenures de la vallée Ovacina faite au temps de Babon évêque [11].

 

Au cours du Xe siècle, les moines désertent le territoire suite aux guerres intestines et aux destructions causées par les Sarrazins. Il faut attendre 972 et la défaite des païens pour que de nouveaux propriétaires s’installent à Canjuers. Il s’agit de la famille des Moustiers Gaubert qui en héritent, don fait par le comte Guillaume le Libérateur. Possessionnés dans le diocèse de Riez, ils détenaient également le territoire de Canjuers, ce qui explique que cette partie d’Ampus relevait de ce diocèse.

 

Au début du XIe siècle, les héritiers des seigneurs de Moustiers se font appeler prince de Riez pour se distinguer des simples viguiers et ne pouvant se parer du titre de vicomte [12]. L’un des leurs va restituer le domaine à Saint-Victor vers 1015 [13] :

 

Moi Gerenus, ainsi que mon frère Heldebertus, avec nos épouses Richilde et Stephana, aussi avec nos fils Ysnardus, Wilelmus, Petrus, Raimundus, Guigo, Gerenus, Ysnardus …. Donnons en même temps que nous rendons au monastère Saint-Victor de Marseille, à savoir la vallée appelée Lagnenas, de même la vallée Ovatina … Cette terre ou vallée susdite est dans le comté de Riez.

 

Parmi les témoins, le seigneur Almeradus évêque de Riez.

 

Puis, vers 1020, c’est l’évêque qui confie l’église de Lagnes à l’abbaye [14] :

 

Moi Almeradus, sur le siège de Riez et nos frères chanoines, nous offrons et cédons à Dieu et à saint Victor martyr et à ses moines tant présents que futurs …. L’autel de saint Julien martyr qui se trouve dans la villa qu’on appelle Laguinas, qui dépend de notre évêché.

 

Cet Almérade, évêque de Riez de 1003 à 1023 est apparenté à Gerinnus. Ce dernier, prince de Riez et seigneur de Moustiers, est fils d’Elgarde et époux de Richilde. Il en a Isnard, Guillaume Ier de Moustiers, Pierre etc. Le texte stipule bien que c’est une restitution et non un don nouveau et qu’il s’agit de l’église Saint-Julien. Ce qui veut dire que cette église existait déjà et que l’on peut remonter son édification par les moines au cours du IXe siècle quand ils possédaient la vallée Ovatina. D’ailleurs le qualificatif de villa renvoie bien à une fondation carolingienne. L’église est encore citée comme dépendante de Saint-Victor en 1098, 1113 et 1135 : ecclesia sancti Juliani de Laguinas [15] . Mais elle n’apparaît pas dans liste de 1337.

 

Templiers et Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem

 

C’est en 1234 en effet que Hugues de Remoules donne aux Templiers les domaines de Rue-les-Lagnes ou Ruette, vaste domaine de deux lieues de tour environ, avec bâtiments, juridiction et droit de dépaissance aux terroirs de Flayol, Ampus et Eyguines [16] . A partir de 1307, ce sont les Hospitaliers qui reprennent le domaine qui dépend alors de Ruou, puis de Montfort en 1360. Il est probable qu’ils ont donné le nom de Ruou à leur nouveau « petit » domaine, Ruette. Le domaine va prendre le titre de castrum, castrum de Laguinis au début du XIIIe siècle que Bouche traduit par Lagnères et qu’il place dans le diocèse de Riez [17]. Ce castrum va devenir le Château de Lagnes ainsi désigné par les cartes anciennes et modernes. Lors de la Révolution les biens seront séquestrés et vendus à des particuliers. Le château sera détruit en 1992 lors de l’occupation par l’armée qui occupe 3790 hectares de la commune d’Ampus.

 

L’église Saint-Julien est desservie par un prieur en 1274 et est encore citée par les Pouillés du diocèse de Riez en 1351, prior de Laginini et ecclesia de Lauhinio [18]. Simon Bartel en 1636 qualifie le Lagneros pagus comme prieuré rural sous l’invocation de S. Julien à 4 lieux de distance du Verdon au nord [19]. On peut se faire une petite idée des productions et de l’habitat durant l’Ancien Régime par les données fournies par l’état des sections du cadastre napoléonien de 1833.

 

Château Lagne

Château de Lagne (p. 156) et chapelle (p. 155)

Archives départementales du Var, section A4, cadastre 1831

 

Section A 4, Lagnes/Château.

Parcelle 155, chapelle en ruine de 40 m², avec abside en hémicycle qui paraît orientée. Propriétaire PERRIMOND Auguste propriétaire à Lorgues.

Total du domaine : 812 ha 31a 74 ca, revenu de 3746,08 frs. Une bastide n° 156 avec écurie, grenier et fontaine de 720 m². Patec n° 157 de 3660 m², une bergerie et parc n° 159 de 670 m².

 

Section A 3, Ruet : Thérèse Aicard religieuse hospitalière propriétaire. Faut-il comprendre que le domaine de Ruet fut racheté lors des ventes de la Révolution par une institution religieuse ?

Domaine de 252 ha 44 a 41 ca pour un revenu de 638,83 frs avec labours, prés, bois, incultes, 2 bergeries, parc, aire, four, jardin et bastide. En 1847 le domaine passe à Joseph, Pierre, Fortuné LAYET, chef à l’administration des Postes à Paris. Puis en 1880, à Philémon PHILIPP, à Aups. En 1892-1893 passe au Bureau de bienfaisance de Villecroze en nue propriété par PHILIPP Philémon, veuve née Revel usufruitière à Aups. Idem en 1922, même contenance.

 

Un recensement des habitants en 1876 permet également d’apprécier la composition des familles sur ces plateaux [20] :

A Lagnes : 3 familles dans 3 fermes, 28 personnes

Arbaud Casimir, fermier cultivateur. Sa femme. 2 fils. 4 domestiques. 1 berger. 1 chevrier. 1 porcher.

Chaix Noël, fermier cultivateur. Sa femme. 2 fils. 1 fille. 3 bergers. 1 domestique

Troin Albert, propriétaire cultivateur, d’Ampus. Sa femme. 1 garçon, 1 fille. 3 domestiques. 1 berger

A Ruet : 2 familles, 2 fermes, 17 personnes.

Toulouzan Isidore, fermier, de Villecroze. Sa femme. 2 garçons. 2 domestiques. 1 berger. 1 chevrier, 1 porcher.

Troin Félix, fermier, d’Ampus. Sa femme. 1 fils et sa femme. 1 berger. 1 domestique. 1 chevrier. 1 porcher.

 

On constate la primauté donnée à l’élevage avec 7 bergers et 3 chevriers dont c’était l’unique occupation. De nombreux parcs et bergeries sont repartis dans tout le territoire. On en dénombre plus d’une vingtaine, également 17 bastidons (petits habitats saisonniers) et 10 masures (bastidons en ruine). La culture des céréales est aussi observée avec des labours, des essarts et des aires à battre le blé.

 

Villa Alta

 

L’église Saint-Victor

 

Ville Haute est un quartier situé au NO de la commune sur l’antique voie aurélienne et à 1000 m au nord du Logis, altitude 680 m. Pour un historien du Moyen Age le terme villa évoque, surtout quand il est mentionné au début du XIe siècle, un ancien grand domaine ayant pu appartenir au fisc, à une abbaye ou à un riche aristocrate. On en connaît un grand nombre de l’époque carolingienne grâce à des polyptiques qui en font le recensement. La villa ou curtis est un centre domanial regroupant hommes et bêtes, bâtiments d’exploitation et demeure du propriétaire. Une église le dessert. Ces domaines sont implantés dans les plaines ou sur les plateaux en milieu ouvert, non défensif. Déjà Achard en 1788 reconnaissait que le nom du quartier de Villote (sic) annonce assez qu’en cet endroit il y avait une autre villa. La situation du lieu, la fertilité du sol, une source d’eau assez abondante, prouvent qu’elle a dû être très-agréable et très productive. En-dessus de l’habitation actuelle, il y avait un lac qui a dû servir de vivier aux poissons et aux coquillages dont les Romains fesaient grand usage. Les atterrissemens (éboulements) ont presque comblé ce lac. Cependant, lors des fortes pluies, il s’y ramasse encore deux ou trois mètres d’eau qui y attirent des oiseaux aquatiques [21].

 

 

La période du Xe siècle va anéantir cette organisation domaniale et au début du XIe on tente de reconstruire les anciennes propriétés. C’est ce qui se produit pour la Ville Haute d’Ampus. Un des compagnons qui a combattu avec le comte Guillaume pour libérer la Provence des Sarrazins, reçoit en récompense une partie du territoire d’Ampus. Il s’appelle Truan, originaire de Laurade près de Tarascon. Un de ses descendants, Guy, va faire des dons à l’abbaye de Saint-Victor pour que les moines prient pour le salut de ses parents, tant vivants que défunts. Un autre seigneur, Elisars, sans doute son beau-frère, l’accompagne et fait également une donation. Suite à l’édification d’une église par un moine de Saint-Victor, Truan demande à l’évêque de Fréjus de venir la consacrer.

 

CSV I, n° 580, 1048-1061 (dates de l’abbatiat de Pierre) (p. 571-572)

Sponsalicium de Villa Alta. Consécration et dotation de l’église.

Voir CGN I, p. 337 : l’évêque de Fréjus Bertrand (1044-1091) fait la consécration de l’église de Ville Haute au territoire d’Ampus.

Traduction partielle :

C’est suite aux demandes du seigneur Pierre, abbé de Saint-Victor du monastère de Marseille, après qu’un certain frère du nom d’Aimericus moine du ci-dessus monastère ait construit cette église, que le seigneur Wido Truannus la mise en l’honneur de Saint-Victor et a demandé au seigneur Bertand évêque de Fréjus, de la consacrer.

C’est pourquoi le seigneur Wido Truannus et son épouse dame Guisla et ses fils Poncius, Ugo, Petrus, Wilelmus, donnent en dotation et héritage à cette église la terre de Olmeta (Olves ?) en entier avec tout ce qui lui est attaché. Moi seigneur Elisars et mon épouse Gidburga donnent une modiée de terre dans le lieu appelé Pastu Cedda. C’est pourquoi Moi Bertrand, par la grâce de Dieu évêque de Fréjus, consacre cette église et j’excommunie en tout temps toute personne, homme ou femme, de quelle dignité qu’elle soit, qui oserait faire violence et des prédations à l’intérieur du territoire de cette église et de son cimetière et que tous ceux qui habiteront en ce lieu vivent en paix, quiétude et sécurité à tout jamais. Amen, amen. Fiat, fiat, fiat.

 

Puis une nouvelle donation beaucoup plus importante est réalisée, paraissant, semble-t-il, reconstituer l’ancien domaine de la villa carolingienne. Ils sont quatre seigneurs donateurs dont les parents s’étaient partagé le domaine. Wido (Guy) Truan est d’ailleurs apparenté à Pons d’Auveine, Poncius de Vergnis et à Ranoux Asquier, Rannulfus Ascherius  :

CSV I, n° 578, p. 568-570. Mars 1058. Villa Alta (traduction partielle)

Moi Wido Truannus et mon épouse Gisla et nos fils Ugo, Petrus, Wilelmus ; et moi Ilsiars et mon épouse Widburga ; et moi Poncius de Vergnis et mon épouse Arantrudis et notre fils Gualterius ; et moi Rannulfus Ascherius et mon épouse Beatricis, donnons quelque chose de notre aleu (domaine libre, sans redevance) à Dieu et au monastère Saint-Victor de Marseille, l’église dédiée à saint Victor martyr qui est située dans le lieu dont le nom antiquitus est Villa Alta, avec les terres cultes et incultes, avec les près et pâtures, avec les chemins entrant et sortant, avec les étangs et fontaines, avec les arbres fruitiers et infructueux, tous ces lieux bien délimités, et tous nous les donnons et cédons par un serment éternel. Et cet aleu se trouve dans le comté de Fréjus, dans le territoire de castro que vocatur Empuris.

Et voici les termini (termes, limites) de cette donation :

De l’orient, en suivant l’eau qui vient de Olmeta (Olves ?) jusqu’à la voie qui vient de Empuris (Ampus) par le Valle securam (Valségure) ;

Du midi, près du pré du prêtre Gualafredi, en suivant droit au vallon au campum Aimarici, et parvient en droite ligne jusqu’au sommet du mont au-dessus de l’étang (le lac), et parvient par ledit mont en droite ligne jusqu’au pied de Poio Rotundo (Collet Redon) ;

De l’occident, descend par le vallon et parvient au Pontem Fractum ;

De septentrion, parvient par la voie publique et va par les clapiers qui sont entre le champ de sancta Maria et la terre de saint Victor, et va en droite ligne jusqu’au plan de Terre Rubia (Plan de Tarubis) et parvient à la voie qui est à la susdite Valle Secura (Valségure).

Et moi Wido Truannus avec mon épouse, mes fils et mes filles, je donne de mon héritage de la terre herme (terre en jachère) autant que les hommes de ladite église pourront cultiver et de leur travail les dîmes et tasques je les donne à la susdite église.

 

Enfin une troisième intervention confirme les donations et ajoute le produit de la dîme et de la tasque :

 

CSV I, n° 579, vers 1060, p. 570-571

Moi Guido de Impurs (Wido Truannus), je reconnais et confirme le don que j’ai fait des hommes et des femmes au moines de Saint-Victor de la Villa Alta et toutes les chartes écrites de cette donation. De plus je donne de mes biens toute la dîme et la tasque issues du travail fait par ces hommes. De même je donne tout le pasquier des moutons de ces hommes que les moines du monastère de Marseille peuvent faire venir et je promets, de toutes ces choses, pour l’amour de Dieu et de saint Victor, sécurité et sauveté de moi et de mes hommes. En reconnaissance le susdit Guido a accepté un cheval que lui a donné Uldaricus moine de Marseille.

 

Chapelle St Victor

Ruines de la chapelle Saint-Victor, AD du Var,

section K 4, parcelle 428, cadastre 1831.

 

Au vu des donations il apparaît que le Logis est compris dans le domaine de la Villa Alta. C’est d’ailleurs à quelques 200 m au nord de ce Logis et au bord de la voie que le cadastre de 1831 signale les ruines de la chapelle de Saint Victor, avec une abside en hémicycle orientée vers l’est, d’une contenance de 130 m² (K 4, parcelle 428 : masure, à Poulle Jules avocat à Draguignan). Achard en 1788 confirme déjà sa ruine : Il y a encore un Bénéfice simple sous le titre de S. Victor attaché à une Eglise qu’on croit avoir appartenu aux Templiers et dont il ne reste que des ruines [22]. Aujourd’hui il n’en reste aucune trace. Déjà en 1676 le chanoine Antelmy relate que le prieuré rural de S. Victor, fondé en une chapelle hors la ville est maintenant détruit et annexé à la mense capitulaire de S. Victor de Marseille qui y possède des biens [23].

 

 

Le prieuré Sainte-Marie de Villa Alta

 

On connaît ce prieuré de Saint-Victor grâce à quatre brèves citations tirées du cartulaire. La première, de 1079, est une confirmation, ce qui suppose une fondation antérieure. Il faut sans doute mettre le prieuré en relation avec l’église Saint-Victor. C’est en effet un moine, du nom d’Aimeric, qui l’a construit près du Logis. Il devait faire partie de la communauté du prieuré.

 

CSV II

1079, n° 843, p. 217 : cella sancte Marie de Villa Alta (Confirmation du pape Grégoire VII)

1113, n° 848, p. 237 : ecclesia sancte Marie de Villa Alta (Confirmation du pape Pascal II)

1135, n° 844, p. 226 : ecclesia sancte Marie de Villa Alta (Confirmation du pape Innocent II)

XIIe. N° 778, p. 125 : Blés du cellier de l’abbaye provenant des prieurés du monastère : Prioratus de Villa Alta, 1 modium (produit du blé sur environ 2 hectares et demi).

 

Il est assez courant de rencontrer deux édifices religieux dans le même lieu ou alors très rapproché. Ici à peine 800 mètres les séparent. L’un est le lieu de culte des moines résidant dans le prieuré, que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de chapelle claustrale, l’autre est destiné au public desservi par un moine que l’on peut qualifier d’église. Il apparaît ici que le prieuré est antérieur à l’église Saint-Victor puisque c’est un des moines du prieuré qui construit l’église. Il est alors probable que le prieuré, lié à la Villa Alta, soit comme elle, d’origine carolingienne. Le nom de Villa Alta d’ailleurs est qualifié d’antiquitus.

 

 

SAINT-MICHEL

 

première paroisse hors la ville

 

Avec l’église Saint-Michel nous sommes en présence non plus d’un prieuré ou d’une simple chapelle rurale, mais de la première église paroissiale. Elle précède l’église du castrum à qui elle a donné son titulaire. C’est un cas très fréquent où, lorsque se crée le village fortifié au XIe ou XIIe siècle, est élevée une nouvelle église paroissiale à côté du château seigneurial et qui reprend la titulature de la première. Cette dernière est élevée en milieu ouvert, non défensif, dans la plaine, à une période où règnent la sécurité et le calme, c’est-à-dire aux VIIIe-IXe siècle. Mais il est possible que sa fondation remonte aux premiers temps du christianisme. Elle est en effet implantée sur un habitat romain du Haut-Empire ayant fourni tuiles à rebords, briques et poteries communes. Un cimetière qualifié de « mérovingien » est attribuable au Moyen Age [24]. Lors de la période du Xe siècle où la Provence est dévastée, les pouvoirs temporel et spirituel abattus, des autochtones ont accaparés les biens laissés vacants, en particulier les abbayes, prieurés et églises avec leurs revenus. Lors du rétablissement du pouvoir comtal, des abbayes et des évêchés, leurs descendants rendent une partie des biens confisqués. C’est ce que nous constatons avec les textes suivants :

 

De ecclesia Sancti Michaeli de Impurs

Cartulaire de Lérins [25]

 

De Flammare, LXI, 1094 (p. 79). Morris, LX, 1085-1098 (p. 57)

Moi Petrus et mon épouse, avec le conseil de Bérenger évêque de Fréjus et de ses chanoines, le prévôt Amalric et Raimond, donne aux moines de Lérins quelque chose de mon héritage qui est dans l’évêché de Fréjus, dans la vallée in Castri Impuris, à savoir l’église de Saint-Michel avec toutes ses dépendances et avec ce que le prêtre Honorat avait hérité de ses parents. Ainsi que les dîmes qu’ils avaient reçues dans la valle Impuris et particulièrement celle de Bulgdonis.

 

De Flammare, CCLXXII, entre 1004 et 1131 (p. 351-352). Morris, CCLXXVII, fin XIe, (p. 282).

Moi Petrus Assallitus donne à l’abbaye de Lérins l’église de Saint-Michel qui est dans le territoire du castrum Empuri avec tout ce qui en dépend, à savoir le champ de Torberent jusqu’à Choan (Couan) et dans le lieu appelé Habia (Aby) la terre culte et inculte, et une partie de terre culte et inculte à Ville Alta (Ville Haute), et quatre part du pré de Lauro et la troisième partie du moulin, et deux jardins de la villa dudit castrum, et un jardin devant le moulin et des vignes de Cohan (Couan), et des oliviers de Rainer (Rainier), et le dixième du manse de Stephan Garriga.

 

De Flammare, CCLXXIII, 1091 mai (p. 352-353). Morris, CCLXXVIII, mai 1095 (p. 284).

Confirmation par Bérenger III, évêque de Fréjus, de la donation qu’a faite Petrus Assalitus de l’église Saint-Michel avec toutes ses dépendances.

 

Chapelle St Michel

 

Chapelle Saint-Michel. Photo JB Aubert

 

Il y a souvent confusion chez quelques auteurs pour attribuer ces textes à l’église paroissiale du village. Or cette dernière n’a jamais été à Lérins, elle dépend du clergé séculier comme le stipule d’Anthelmy [26]. Les textes sont d’ailleurs explicites, Saint-Michel est dans le territoire ou dans la vallée du castrum et non dans le castrum lui-même. Jusqu’à la Révolution l’abbaye de Lérins va posséder l’église Saint-Michel devenue chapelle de prieuré depuis qu’elle a perdu son statut de paroisse. Elle est associée au prieuré de Notre-Dame de Spéluque. Les deux prieurés sont dirigés par un seul prieur dont on connaît quelques noms et les dates de leurs collations. Ainsi en 1546 c’est dom Etienne d’Antibes qui le transmet en 1596 à dom Constantin de Nice, religieux de Lérins, enfin en 1600 en faveur de dom Aureli de Seillans, également moine [27]. La chapelle du prieuré va passer ensuite dans les mains de la commune. Elle figure sur le cadastre de 1831 en section D 4, parcelle 226 de 50 m² et est toujours en bon état à 600 m au NO du village.

 

 

Notre-Dame d’Espéluque ou du Plan

 

Nous retrouvons de nouveau Truan, un des seigneurs d’Ampus, mais cette fois-ci il s’agit du père du Wido (Guy) rencontré lors de la dotation et de la consécration de l’église Saint-Victor de la Villa Alta. Nous sommes en effet quelques 40 ans plus tôt, début XIe siècle. Mais il ne s’agit plus de l’abbaye de Marseille, mais de celle de Lérins.

 

Le premier texte est du début du XIe siècle en se basant sur les quelques données chronologiques qu’il fournit. Odilon (saint), cinquième abbé de Cluny, gouverne également Lérins entre 994 et 1025. Est cité le comte Guillaume, en l’occurrence Guillaume III Taillefer comte de Toulouse et de Venaissin (978-1037). Sa mère, Adélaïde d’Anjou, serait décédée vers 1026. Il épouse Emma de Provence vers 1019 ce qui étend son influence du Languedoc vers ce comté. Il est en Provence dans les années 1021-1023 pour soumettre quelques princes révoltés. On peut alors raisonnablement estimer que la donation a été faite vers 1022. Ici aussi nous donnons les dates fournis par les auteurs du cartulaire.

 

Carta de Sancta Maria vallis Impurie.

Charte de Sainte-Marie de Spéluque dans la vallée d’Ampus

 

Cartulaire de Lérins

 

De Flammare, LI, vers l’an 1000, p. 73-75. Moris, LV, XIe, (p. 53-55).

Inspirés par Dieu et Notre Seigneur Jésus-Christ, par les moines de l’ile de Lérins où est le vénérable Odilon, abbé de Cluny, nous Truannus et mon épouse Amalsendis, et mes fils Guido et Aldebertus, ainsi que mes filles Ailburga et Guidburga et Dilecta ……. Donnons de nos propriétés qui sont dans le pagus de Fréjus, deux églises, une en l’honneur de sainte Marie, l’autre en l’honneur de saint Honorat et de saint Alban, dans la villa appelée Impuris, avec les terres autour de ces églises. Que cette terre est ainsi circonscrite : à l’orient, à une part de Monte-Minore sous Andosta Monte-Majore, 136 pas (dextros) jusqu’à la forêt outre rive, et la même part termine à la rive de la source venant du mont ; vers l’occident a 273 pas ; au midi et septentrion ont semblablement 110 pas. C’est grâce à la permission (licentia) du comte Guillaume, de sa mère Adélaïde, de son épouse Emma et de ses fils.

 

Les donations suivantes sont le fait de Guy, fils du précédent.

 

De Flammare LIII, XIe s. (p. 77). Moris, LVII, XIe (p. 55-56).

Donation faite par Guido à l’abbaye de Lérins des tènements de Durante Bellote, d’Alfredi et de Guilranni, du manse de Rainardo qu’a donné Guido Gisberno en échange d’une mule. Donation faite par Petrus de la terre de Fonte Ugonis (Fontgon) qui est limitée par la voie qui va à Villa Crosam (Villecroze) et à la Montana (la Montagne) avec un cheval donné par le moine Bernardo.

 

De Flammare, LIV, XIe siècle (p.77). Moris, LVIII, XIe (p. 56).

Donation faite par Guillemus Guido, le jour de sa mort, à savoir dans le castrum de Spelunce, un homme (serf) nommé Stavolus avec tous les siens, et un manse in castro Empuris, ainsi qu’une vigne qu’avait acheté le moine Johannes de Isnardo Bello et ses fils. 

 

Après la mort de Guy, un de ses fils, Pierre, continue les dons à l’abbaye.

 

De Flammare, LX, fin XIe siècle (p. 78-79). Moris, LIX, XIe (p. 56-57).

Petrus, pour le repos de son âme et de ses parents, donne à l’abbaye de Lérins, dans la vallée Impuris ce que le prêtre Petrus tenait de lui en entier ; aussi une maison in castro Spelunce avec une ferrage sous le castrum et une vigne ; aussi la terre de Perario qu’il a échangée avec celle du Puits, avec le moulin et son pré ; le bois Fraxen et le pré joignant ; le pré de Palude avec sa terre ; la terre de Fonte Lata ; la vigne de Fabrica ; le champ d’Aureiaculum ; la vigne de Coagno (Couan); la paroisse du castrum Spelunce avec toute la part qu’il tient avec sa mère.

 

De Flammare, LXII, janvier 1090 (p. 80-81). Moris, LXI, 4 juin 1090 (p. 58). Consécration de l’église.

Moi Guisla avec mon fils Petrus et Aldebertus et tous les possesseurs du castrum appelé Spelunca, voulant consacrer l’église (basilica) dudit lieu, donne en dotation une moitié de modiée de terre à Fonte Gallote ; la même chose par le seigneur Petrus et sa mère dans le lieu appelé Celio ; trois setérées dans le champ de Truchet (Turquet ?) ainsi qu’une demi modiée.

 

Au début du XIIe siècle alors que Raimon Bérenger tente de s’approprier la Provence au cours de plusieurs expéditions et de recevoir l’hommage des nobles du comté, certains profitent qu’il a le dos tourné et occupé en d’autres lieux pour se rebeller et reprendre leur autonomie. C’est ainsi que Truan et d’autres sires incendient Spéluque entre 1120 et 1124. Truan va cependant se soumettre puisqu’il rend hommage au comte en février 1147 dans la ville de Digne [28].

 

CL, Flammare, n° 296, p. 380-381, entre 1120 et 1124 20 décembre.

Callixte II enjoint à Bérenger III, évêque Fréjus, de forcer Troans, son diocésain, de cesser ses incursions contre le lieu de Spelunca dépendant de l’abbaye de Lérins et de prononcer contre les chevaliers Aldebert et ses frères et Raimond, qui avaient brûlé ce lieu les sentences portées contre les incendiaires par les papes Urbain II, Pascal II et par lui-même.

 

Les exactions reprennent encore plus tard :

 

Moris II, XX, 1159-1181 (p. 37)

Bulle du pape Alexandre III ordonnant, sous peine d’excommunication, à l’archevêque d’Arles, aux évêques d’Avignon et de Fréjus de faire cesser les rapines et injures exercées par noble dame Dominica et ses fils envers la villa appelée Speluqua.

 

On constate une certaine instabilité en Provence à cette époque et il faudra attendre le règne de Bérenger V et l’année 1222 pour que le pays trouve enfin paix stable et prospérité durable.

 

Commentaires sur Notre-Dame du Plan

 

Les cartulaires emploient spelunca ou spelunce, traduit ensuite en spéluque. Les pouillés donnent speluce. Les textes latins du Moyen Age latinisent les formes indigènes et de plus tâchent de donner un sens à un mot qui leur est inconnu. Spelunca offre un sens évident de grotte. Et les moines scribes ont opté pour ce vocable bien qu’il n’existe aucune grotte. Les historiens ont fait de même. Ainsi Achard en 1788 : on trouve dans le territoire d’Ampus une Chapelle dédiée à ND de Speluquo c’est à dire de la grotte du latin spelunca. D’autres avancent spinum lucum, « bois épais ». Pour notre part nous proposons lucus, en latin « bois sacré » et spes : latin, déesse de l’Espérance. Un site romain a été décelé au XIXe siècle alors qu’à l’heure actuelle on n’en découvre aucune trace. Le milliaire romain servant de support de croix provient du quartier de Mercadier et a été transféré près de la chapelle.

 

Il faut d’abord noter que le premier texte fait état d’une donation d’une église déjà existante au tout début du XIe siècle. Ensuite Spéluque est tantôt qualifié de castrum, tantôt de villa. Le terme villa renvoie à une fondation carolingienne et castrum à un habitat constitué avec un seigneur et une église paroissiale. Le seigneur est un Truan puisqu’il possède presque tout le territoire d’Ampus. L’église est du ressort de l’abbaye de Lérins. On rencontre en effet un certain Robinus, procurator ecclesie Beate Marie de Speluce de Empuis en 1274 et une église de Spelluca de Empurio en 1351 [29]. Notre-Dame dut rester paroissiale jusqu’à la fin du Moyen Age au moment des pertes infligées par les épidémies de peste et les ravages des grandes compagnies. Elle est rattachée à Ampus et devient alors une simple chapelle où les habitants viennent se recueillir tous les ans.

 

Lors de la donation du début XIe siècle, l’édifice devait être en très mauvais état après plus de 100 ans de troubles et de destructions. D’autre part, il devait être trop petit pour sa nouvelle fonction paroissiale réunissant les habitants du voisinage et l’augmentation de la population. C’est pourquoi fut élevée une nouvelle église plus grande, bien orientée selon la coutume de cette époque et équipée d’un clocher. Un cimetière devait également l’accompagner. Les Monuments Historiques datent le mobilier, en particulier l’autel, de la fin du XIe siècle à cause de la consécration de l’église faite en 1090 [30]. Cette datation correspond au premier âge roman mais ne convient pas à la structure de l’édifice qui relève plutôt du deuxième âge avec une nef voûtée en berceau brisé à trois travées rythmées par des arcs doubleaux à imposte reposant sur des colonnes rectangulaires. La taille de la pierre est encore plus probante. Aux petits moellons cassés au marteau du XIe, on est en présence d’un appareil en moellon moyen de pierres de taille disposées en lits horizontaux. Ces caractéristiques indiquent la deuxième moitié du XIIe siècle. Il faut alors reconnaître que l’incendie signalé dans les années 1120-1124 a détruit la première église de 1090 et qu’elle a été reconstruite dans les années suivantes.

 

Seul l’autel aurait été sauvé et placé dans la nouvelle église. On rencontre le qualificatif pentadote pour cet autel, ce qui ne veut rien dire. Il faut comprendre pentapode, littéralement « à cinq pieds », tiré du grec. En effet la table d’autel est soutenue par cinq colonnes, dont une centrale. Celle-ci est hexagonale, les deux du devant de l’autel sont torsadées, celles à l’arrière sont simplement lisses. Elles sont ornées de chapiteaux à feuillage [31]. Le problème se pose de leur origine, du XIe siècle ou bien antérieure ? Ce sont peut-être des réemplois d’un ancien monument.

 

A la Révolution la chapelle est expropriée et achetée par un particulier. En 1839 le cadastre donne une surface pour la chapelle et une masure (ermitage) de 220 m² (section C, parcelle 324), propriétaire, Taxil hoir de Léger, médecin. Après plusieurs restaurations, la chapelle est classée MH le 26 juin 1990 [32].

 

Spéluque Autel Spéluque
Chapelle ND de Spéluque Autel pentapode (Photos JB Aubert)

 

 

Le castrum de Reinier

 

Le castrum de Reynio, de Reynerio ou de Reino, est cité en même temps que celui d’Ampus au début du XIIIe siècle et fait partie de la viguerie de Draguignan. Il est beaucoup moins important qu’Ampus, 1 demi feu pour 3 feux, comme le remarque Bouche [33]. Le seigneur est Guy d’Ampus, sans doute un Truan à l’origine dont on retrouve le même prénom, qui a bâti un château et rassemblé des paysans dans un village fortifié. Après cette première mention peu après 1200, il apparaît en 1235 quand a lieu un Acte d’échange passé entre Raimond Bérenger V et Gui d’Ampus et son neveu Raimbaud de Grasse. Ceux-ci donnent au comte les châteaux d’Ampus, de Reynier, d’Estelle et de Ville Haute, et la villa de Speluque, et reçoivent les châteaux de Gourdon et du Bar, avec pleine juridiction, ainsi qu’une indemnité de 15.000 sols raimondins. Le comte se réserve les cas d’homicide et de rapines sur la voie publique et les cavalcades de la Siagne à la Turbie [34]. Les châteaux d’Ampus et de Reynier doivent équiper un chevalier avec son cheval armé ainsi que deux fantassins armés pour l’ost du comte de Provence lors des cavalcades ou chevauchées [35].

 

Le château est situé à 2,5 km SSE d’Ampus, sur un sommet, à l’extrémité d’un éperon auquel on accède depuis le D 49. On projette sa démolition en 1590 pour éviter que l’ennemi ne s’en saisisse [36].

 

Garcin relate ainsi les évènements : le village de Reynier fut fortifié sous les comtes de Provence. Pendant les guerres de religion, il servit de boulevard aux protestans qui menaçaient la ville de Draguignan; mais ayant été battus complètement par les habitans de cette dernière ville, ils ne furent plus en force pour défendre le lieu de leur refuge, et eurent la douleur de le voir détruire ce même jour [37]. Le château abandonné et ruiné après les guerres de Religion a été transformé en plusieurs habitations recensées en 1832 par le cadastre. Il y avait 7 habitats groupés et un four à pain, totalisant 166 m². Quant au hameau de Reynier il ne comprend plus que six bastidons d’une surface comprise entre 30 et 50 m² servant d’habitats temporaires pour les paysans cultivant vignes et oliviers. Il est aujourd’hui ruiné. Il l’était déjà à l’époque de Bouche en 1664 : lieu désert, près du village d’Ampus.

 

Comme tout castrum celui-ci était équipé d’une église. Elle est citée en 1274 avec Bertrandus Agnelerius, pro ecclesia de Raynerio, qui verse 18 sous 4 deniers en décimes à l’évêché de Fréjus. Par comparaison, le titulaire d’Ampus en verse le double. Elle est encore nommée en 1351 [38]. Comme le château elle est détruite et il en subsiste quelques traces. Elle est bien orientée avec une nef unique de 50 m² prolongée par une abside en hémicycle (section F1 parcelle 372, masure), elle était dédiée à saint Maurice comme nous l’annonce d’Anthlemy en 1636 : prieuré rural Saint-Maurice, dans le territoire adjacent inoccupé de Reynier, qui fut autrefois fréquenté par les paysans avec un pagus (village) cité dans les anciens cartulaires, dont le patron et la collation appartiennent à l’évêque qui perçoit toutes les dîmes. Maintenant elles sont fondées dans l’église paroissiale d’Ampus, d’un modeste revenu, sous le patronage de quatre ou cinq chapelains laïcs. Girardin en 1754 est moins prolixe : Renié, castrum de Reino. On voit en venant d’Ampus à Draguignan, les débris de ce village et de son église, qui étoit dédiée à saint Maurice. Ce terroir est uni à celui d’Ampus, comme Spéluque [39].

 

Reynier

 

Hameau de Reynier et ruine de la chapelle (parcelle 372), Archives départementales du Var, section F1, cadastre 1831.

 

 

Le castrum d’Ampus

 

Ampus est cité pour la première fois lors de la charte de donation à Sainte-Marie de Spéluque in vallis Empurie au début du XIe siècle, vers 1122 comme nous l’avons vu plus haut. Puis nous trouvons castrum Empuris, Empurio, Empurs, Empuis et seulement Ampus au XVIe siècle où cette forme va se fixer définitivement. Comme pour Notre-Dame du Plan, nous avons les deux mêmes qualificatifs, villa et castrum. Le castrum s’est formé à la fin du Xe siècle à l’emplacement d’une villa établie auparavant, au moins à la période carolingienne au VIIIe siècle, si ce n’est encore plus tôt, à l’époque romaine. Comment en effet expliquer le nom d’Ampus sans le rattacher au latin emporium signifiant marché, comptoir, sens communément admis aujourd’hui. Il ne faut donc pas chercher ailleurs un autre marché à Mercadier comme on l’a cru et on le croit encore. Il était à l’emplacement du village.

 

Truan de Laurade reçoit en récompense du comte Guillaume le terroir d’Ampus au lendemain du rejet des Sarrazins en 972. Il établit son château à l’emplacement de la villa, sur une élévation qui d’un côté est terminée par un précipice affreux et qui s’unit dans la partie opposée à un terrein qui va en pente, comme le décrit Achard. Le 3 avril 1235, en même temps que le castrum de Reynier, Guy d’Ampus cède son castrum au comte de Provence en échange de ceux du Bar et de Gourdon. A la fin des guerres de Religion des Protestants s’y réfugient. Chassés par les Catholiques, le castrum est détruit. Il en subsiste quelques murs construits en petits appareil.

 

Le regroupement de la population va s’accentuer au cours du XIe siècle et durant tout le XIIe. Les habitants vont abandonner la première paroisse Saint-Michel dans la plaine et se grouper dans une nouvelle église que l’on peut dater de la deuxième moitié du XIIe siècle d’après son architecture. Fidèles à leur titulaire primitif les paroissiens le reprennent comme protecteur. A l’origine l’édifice ne comprenait qu’une seule nef, voûtée en berceau, à trois travées séparées par des arcs doubleaux reposant sur des piliers rectangulaires. Elle se termine par une abside en hémicycle voûtée en cul-de-four. Deux travées latérales ont été ajoutées au XVIIIe siècle. Cette église paroissiale n’est pas une possession de l’abbaye de Lérins comme on le voit écrit partout, mais dépend de l’évêque qui donne la collation de la moitié de la dîme avec quelques autres biens à un prieur séculier. L’autre partie, plus petite, revient au vicaire perpétuel qui a deux prêtres adjoints pour l’exercice spirituel de la paroisse [40].

 

 

Le château de la Sigue

 

Il est seulement signalé par C.-L Salch, à 6 km SE, par la D 49 (vers Draguignan), sur un éperon dominant la rive occidentale, ruines d’un château [41].Il faut noter que ce château fait le pendant à celui de Reynieren surveillance de l’ancienne voie aurélienne, aujourd’hui D 49. Le nom Sigue provient du pré-indo-européen, base *sik-, signifiant rocher, hauteur [42]. Figurant sur les cartes IGN à 537 m d’altitude, le cadastre de 1839 décompose la bâtisse en 3 maisons et 3 écuries. Elle dessine un rectangle de 228 m² accompagnée d’une cour de 320 m² (parcelle 82) et d’une masure de 35 m² (parcelle 81). Il ne subsiste aujourd’hui que la masure, reste de la tour quadrangulaire. Le corps du château de 228 m² n’apparaît plus. Il serait utile d’examiner l’appareil des murs subsistants de la tour pour tenter une approche de datation. Nous n’avons pu trouver une simple photographie.

 

 La Sigue

Château de la Sigue,

Archives départementales du Var,

section G, cadastre 1831.

 

Les données sur ce château sont donc plus que succinctes et on ne peut que supposer qu’il fut construit entre le XIe et le XIIe siècle pour servir de refuge et de défense au hameau de Lentier. Ils sont distants de 600 m à vol d’oiseau, mais à plus de 2 km par les sentiers. Ce hameau comprenait en 1861 17 maisons habitées par 18 ménages, totalisant 59 personnes. Se pose également pour ce village le service religieux et il serait étonnant qu’il n’y ait pas eu une chapelle succursale.

 

 

SYNTHESE

 

Au terme de cette étude, bien incomplète d’ailleurs, nous pouvons retracer à grands traits l’occupation humaine durant le premier millénaire et le début du deuxième.

 

C’est d’abord l’empreinte laissée par Rome que nous avons décrite au début. Mais, à ces données fournies par la Carte Archéologique, nous pouvons en ajouter d’autres qui se sont révélées grâce aux textes médiévaux.

 

La via publica, dite voie aurélienne, était bien équipée d’un pont en pierre. Les anciens auteurs le soupçonnaient, la confirmation en est maintenant donnée par le Pont Fract cité en 1058.

On ignorait le nom de cette voie et la tradition la nommait du nom de la voie principale dont elle se détachait. Elle s’appelait en fait aureaiculum « petite aurélienne », toponyme cité à la fin du XIe siècle.

Equipée de milliaires, elle devait être également desservie par un relais et une auberge. Le Logis du Plan près de la Villa Alta devait servir de mutatio, relais routier. Il est en effet situé entre 12 et 15 km au nord de la mutatio d’Anteae près de Draguignan, distance habituelle séparant les relais sur les voies romaines.

 

La période carolingienne est également bien représentée.

 

On la rencontre à Lagne et Auveine cités au IXe siècle avec des fermes et des bergeries appartenant aux moines de Saint-Victor de Marseille sur des terres qui étaient déjà occupées durant le Haut Empire Romain selon les données fournies par J.-P. Poly.

 

Avec Villa Alta, Villa Speluce, Villa Empuris, nous sommes en présence d’un vocable utilisé dans l’Empire romain et repris à la période carolingienne pour désigner un domaine rural organisé autour d’une curtis, cour, grande ferme avec ses dépendances et terres de production alentour. La villa peut recouvrir plusieurs hectares et contenir des manses ou petites exploitations gérées par des tenanciers libres ou asservis. Les villae peuvent dépendre du domaine royal ou de propriétaires laïcs et ecclésiastiques. Une église est élevée par le propriétaire près de la curtis pour desservir le personnel de la villa et des manses. Ces villae carolingiennes reprennent bien souvent le site de villae romaines, ce qui est le cas pour nos trois villae ci-dessus.

 

Mais on peut en déceler d’autres, non qualifiées de villae, mais bâties sur un site antique. C’est le cas de l’église Saint-Michel hors les murs citée à la fin du XIe siècle. Il en est peut-être de même pour le site d’Aby qui a livré des restes romains et dont le nom provient d’un gentilice gallo-romain Abianius. Une chapelle à Sainte-Anne y est citée par la carte IGN et Cassini la dédie à saint Eloy.

 

Le XIe siècle se révèle pleinement avec les chevaliers et les moines. On a reconnu la famille Truan, originaire de Laurade près de Tarascon qui reçoit la terre d’Ampus dès la fin du Xe siècle. Elle construit son château et forme un castrum qui va devenir le village d’Ampus. On peut reconstituer cette famille de chevaliers grâce aux chartes des cartulaires du XIe siècle :

 

    1. Truan, prénom inconnu, marié à Amalsendis, cité vers 1022.

Enfants :

Guido ou Wido ou Guy, qui suit

Aldebertus

Ailburga

Guidburga mariée à Elisars

Dilecta

    1. Guido (Wido, Guy) marié à Guisla, cité vers 1050, seigneur d’Ampus et de Reynier

Guisla est encore présente en 1090 avec ses fils Petrus et Aldebert lors de la consécration de l’église de Spéluque.

Enfants :

Poncius

Petrus

Hugo

Wilelmus

Aldebert

 

Les exactions, violences et même incendie que cette famille va exercer contre les moines ont plusieurs causes.

 

A partir du traité de Verdun de 843 qui divise l’empire de Charlemagne en trois royaumes qui eux-mêmes vont encore se subdiviser au gré des successions, s’installe une anarchie complète aggravée par l’arrivée des Sarrazins en Provence. Certains personnages en profitent pour accaparer gratuitement les domaines des abbayes et du domaine royal. Entièrement libres, ils donnent cours à leurs instincts de prédation et de rapines, s’alliant aussi bien aux Sarrazins qu’avec un comte de Provence désarmé et impuissant. Quand celui-ci parvient avec l’aide de plusieurs d’entre eux à chasser les Sarrasins en 972, il les récompense en leur offrant d’autres domaines pris sur les rebelles. Truan est un des bénéficiaires des dons du comte.

 

Pendant près d’un siècle, sa famille avait vécu librement, sans être soumise aux pouvoirs temporel et spirituel. La situation change au tout début du XIe siècle avec la réforme grégorienne qui restaure la paix avec la trêve de Dieu et refonde les monastères et la vie chrétienne. Un mouvement de ferveur religieuse, de rénovation et de purification va se diffuser grâce aux moines bénédictins. Ils vont créer de nombreux prieurés où ils pratiquent une règle stricte et diffuser autour d’eux ces nouveaux idéaux de vie religieuse. Cette influence spirituelle est accompagnée d’une influence temporelle par l’abondance des biens fonciers qui leur sont offerts.

 

C’est ainsi que la famille Truan se voit, sans doute contrainte, à céder des parts de ses domaines aux moines. Les donateurs le font pour le rachat des fautes de leurs parents et pour le salut de leur âme. Bien souvent, comme les chartes le soulignent, ce sont des restitutions de biens accaparés autrefois en toute illégalité. Ils éprouvent alors une frustration et ont du mal à supporter et les moines et le pouvoir comtal. Aussi, dès qu’une opportunité se présente, ils en profitent pour commettre certains délits contre l’Eglise, mais celle-ci brandit la menace de l’excommunication, peine très sévère à cette époque, privant l’excommunié de sépulture chrétienne et de vie sociale ; pour un seigneur, délivrant ses sujets de leurs serments de fidélité.

 

Enfin, le pouvoir comtal s’affirme et pèse de plus en plus sur les seigneurs locaux. Avec Raimond Bérenger V, au milieu du XIIIe siècle, la Provence constitue un comté structuré qui va être ensuite sous l’emprise des comtes angevins à partir de 1245.

 

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N O T E S

 

[1] BRUN J.-P., Carte Archéologique de la Gaule, le Var 83/1, Paris, 1999, n° 003, p. 207-210. Sur la voie romaine, voir p. 139 et 374.

[2] DOZE abbé, Bull. Sté Et. Sc. et Archéo. Draguignan, T 1, 1858-1859, « Notice sur la voie aurélienne », p. 182-183.

[3] Etat des sections de 1839, K 4, parcelles 514 à 529.

[4] SEGOND H., Bull. Sté Et. Sc. et Archéo. Draguignan, T XIX, 1892-1893, « Borne trouvée à Ampus sur la voie romaine », p. 124.

[5] GUERARD B. Cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille (CSV), Paris, 1857, I, n° 578, p. 569.

[6] ACHARD, Cl.-Fr., Description historique, géographique et topographique des Villes, Bourgs, Villages et Hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la Principauté d’Orange, du Comté de Nice … Aix, 1787-1788. 2 volumes. Ampus, Tome I, p. 212.

[7] GARCIN E. Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, Draguignan 1835.

[8] ROSTAING C., Essai sur la toponymie de la Provence, Paris, 1950, p. 236. Dans le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, rédigé avec A. DAUZAT en 1963, il opte pour emporium, p. 15.

[9] POLY J.-P. « La petite Valence », Saint Mayeul et son temps, Digne, 1997, p. 145. En cas de salage il faut le mettre en relation avec les salins du Verdon. En latin le verbe lanio signifie mettre en pièce, déchirer, le substantif lanio signifie boucher et lanionus qui sert à écorcher. Ovis signifie brebis.

[10] POLY J.-P. « La petite Valence », p. 153-154 et note 74.

[11] Gallia christiana novissima (GCN), II, n° 53 : descriptio mancipiorum de valle Ovacina factum tempore Babonis episcopi . Albanès, Armorial et sigillographie des évêques de Marseille, Marseille, 1884, p. 30-31.

[12] MANTEYER, La Provence du premier au douxième siècle, Paris, 1905 p. 367, et note 2 : Dans les cités où les princes de rang comtal et vicomtal ne résident pas (seules les cités de Sisteron, de Gap et de Fréjus avaient le titre de vicomtés), on voit naître des princes proprement dits, ne pouvant être comtes ou vicomtes, ne daignant plus se dire viguiers, expriment leur primauté régionale, en faisant suivre cette dénomination du nom du comté où ils dominent. C’est ainsi qu’on voit naître les princes d’Apt (1056), de Riez (1039 citant CSV 586) et Antibes (1026).

[13] CSV I, n° 613, vers 1015, p. 607-609.

[14] CSV I, n° 615, vers 1020, p. 610.

[15] CSV II, n° 697, 8 mars 1098, p. 39, évêque de Riez. N° 848, 23 avril 1113, Pascal II, p. 237. N° 844, 18 juin 1135, Innocent III, p. 39, p. 226 : ecclesia sancti Juliani de Laguinas.  

[16] Série H, Hospitaliers de Saint-Gilles, Commanderie de Marseille (AD 13, p. 21). La lieue fait environ 4 km.

[17] BOUCHE, Chorographie ou description de la Provence, Aix, 1664, p. 257.

[18] CLOUZOT, Pouillés des Provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun. 1938, p. 105 et 112.

[19] BARTEL S., Historia et chronologica praesulum sanctae Regiensi ecclesiae nomenclatura, Aix, 1636, p. 54.

[20] Ampus, AD Var. Recensement de 1876, vues 32-33. 

[21] ACHARD, op. cité, p. 212.

[22] ACHARD, op. cité, p. 212. Il donne souvent foi aux habitants des lieux qui aiment rattacher leur patrimoine religieux aux Templiers.

[23] GIRARDIN et D’ANTHELMY, Description historique du diocèse de Fréjus, Draguignan, 1872. Manuscrits d’Antelmy en latin de 1676 et de Girardin en français de 1754, réunis par l’abbé Disdier. Citation, p. 390.

[24] CAG, op. cité, p. 208.

[25] Il existe deux éditions du cartulaire. Celle de Morris et Blanc, en 2 volumes, de 1883 et 1905 et celle de De Flammare de 1883 et 1885. Nous présentons les deux afin de comparer les dates.

[26] GIRARDIN et D’ANTHELMY, p. 389 : ecclesia parrochialis S. Michaelis de Empuris est priori saeculari.

[27] Archives Départementales des A.-M., Serie H, n° 364 à 368 (1157 à 1600).

[28] PAPON, Histoire générale de Provence, Paris,1778, II, p. 231. POLY, J.P., « La petite Valence. Les avatars domaniaux de la noblesse romane en Provence », Saint Mayeul et son temps, Digne, 1997, p. 338-339.

[29] CLOUZOT, op. cité.

[30] Base Mérimée, Ampus,sur Internet.

[31] BAILLY Robert, Chapelles de Provence, Horvath, 1998, p. 94-95.

[32] Base Mérimée, Ampus sur Internet

[33] BOUCHE, op. cité, p. 255.

[34] BENOIT F., Recueil des actes des Comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone (1196-1245), Monaco, 1925, n° 231, p. 314. 

[35] Item, p. 330, 1235 : vallis de Empurs et de Rainier, unum militem cum equo armato et duos pedites armatos.

[36] SALCH C. L., Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Age en France, Strasbourg, 1979, p. 31.

[37] GARCIN, op. cité.

[38] CLOUZOT, op. cité, p. 59 et 66.

[39] D’ANTHELMY, p. 391 : prioratus ruralis S. Mauritii, in territorio adjacenti de Raynerio noncupato, quodque olim accolis frequetatum fuisse, in eoque coaluisse pagum ex antiquis carthulariis elisimus, colligit omnes decimas, patronumque et collatorem habet episcopum. Sed hic etiam commemorare attinet in paroechiali ecclesia de Empuris fundatas esse, modici proventûs, quatuor aut quinque laicalis patronatûs cappelanias . GIRARDIN, p. 249.

[40] D’ANTELMY, p. 389-390 : ecclesia parochialis S. Michaelis de Empuris sub est priori saeculari qui decimarum medietate et aliquot praediis potitur, alteram medietatem inferioremque decimam percipit vicarius perpetuus, qui habet sub se duos presbiteros in spirituali regimine adjutores. Prioratus ille collatorem et provisorem habet episcopum.

[41] Voir note 39.

[42] ROSTAING, op. cité, p. 245-250 et DAUZAT A., DESLANDES G. et ROSTAING C., Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, Paris, 1982, p. 214.

 

 

Remerciements

Aux Archives départementales du Var pour leur aimable autorisation de reproduction des extraits du cadastre napoléonien de 1831 de la commune d’Ampus.

A M. Joël Bernard AUBERT, de Digne, pour les photos illustrant cette étude.